"Que le pétrole coule à flots !" : quand l'administration Trump parle d'un "accord historique" avec l'Iran, l'Europe reste sur la réserve
Dès l'annonce d'un accord pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient, Donald Trump s'est empressé de souligner une "victoire", tout comme l'Iran. La France, à l'image de l'UE, reste très mesurée.
C'est la conclusion d'une semaine riche en rebondissements. Les Etats-Unis et l'Iran sont parvenus, lundi 15 juin, à un accord pour mettre fin immédiatement à la guerre au Moyen-Orient sur tous les fronts, y compris le Liban, avec une cérémonie de signature prévue vendredi à Genève. Cet accord a été annoncé lundi matin par le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, médiateur clé du conflit, et confirmé peu après par Washington et Téhéran.
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Donald Trump a donc pu annoncer ce compromis le jour de ses 80 ans, juste avant un gala de MMA à la Maison Blanche, dans le cadre des célébrations de l'indépendance des Etats-Unis. "L'accord avec la République islamique d'Iran est désormais finalisé", a-t-il ainsi écrit sur son réseau Truth Social.
"J'autorise pleinement la réouverture du détroit d'Ormuz sans droits de passage et, parallèlement, la levée immédiate du blocus naval américain. Navires du monde entier, mettez les moteurs en marche. Que le pétrole coule à flots !", s'est-il félicité, ajoutant que cette ouverture interviendra "dès la signature de l'accord vendredi afin de permettre le déminage".
"Tous ont échoué... avant moi"
Dans la foulée, chaque partie a donné sa version. Ainsi, si l'on sait que le détroit d'Ormuz va être rouvert, dans le même temps, les Etats-Unis vont lever leur blocus des ports iraniens. Dans les détails, c'est plus flou : d'après Washington, l'Iran s'est ainsi engagé à ne jamais posséder l'arme nucléaire... Sauf que cela a toujours été le discours officiel de la République islamique. Des négociations sont donc annoncées entre les deux pays.
D'après Téhéran, elles porteront sur 4 sujets : le nucléaire, mais aussi la levée des sanctions, la reconstruction de l'Iran après les frappes subies par les Etats-Unis et Israël, et la mise en place d'un mécanisme de suivi des engagements pris. Tout n'est donc pas réglé : il s'agit d'un protocole d'accord, un cadre pour des pourparlers qui doivent durer 60 jours. Mais les armes vont se taire.
De son côté, l'administration Trump crie victoire. Selon Donald Trump, c'est "un accord historique qui apportera la paix et la sécurité à toute la région". Et se lancer : "De nombreux présidents ont tenté de faire la paix avec l'Iran. Et tous ont échoué avant moi". "Ce qu'on sait c'est qu'il nous reste beaucoup de travail. On va continuer à travailler, à faire en sorte que le Moyen-Orient ne soit plus une région vouée à l'échec. Et enfin, c'est le plus important, on va célébrer le fait qu'on puisse dire avec confiance que l'Iran n'aura jamais l'arme nucléaire. On a beaucoup de travail mais c'est une grande victoire", ainsi souligné le vice-président JD Vance sur Fox News.
Les éléments de langage sont déjà prêts, malgré le flou
Sur le plan national, le président américain s'offre donc un bol d'air frais : les cours du pétrole sont déjà en baisse. Leur augmentation ces dernières semaines était devenue une préoccupation majeure pour les Américains, alors que l'économie et plus précisément le pouvoir d'achat sont les thèmes centraux des élections de mi-mandat à venir. Donald Trump ne cesse depuis des semaines de dire tout le mal qu'il pense de l'accord sur le nucléaire iranien signé sous Barack Obama en 2015 : un accord limité dans le temps, qui offrait à Téhéran une levée des sanctions, le déblocage d'avoirs gelés, et qui n'offrait pas assez de garanties sur le programme nucléaire.
Sur le plan international, les éléments de langage sont déjà au point : c'est un succès pour les Américains, car l'Iran n'aura jamais l'arme nucléaire, et le Moyen-Orient ne sera plus une poudrière. Toutefois, à ce stade, rien ne permet de l'affirmer : le gouvernement américain va devoir négocier avec Téhéran sur tous ces sujets. L'Iran sera certainement dur en affaires sur la levée des sanctions après avoir subi les frappes israélo-américaines. Des avoirs gelés auraient ainsi déjà été débloqués et la somme de 25 milliards de dollars serait même inscrite dans le protocole d'accord, alors que Donald Trump estimait que l'administration Obama n'aurait jamais dû verser d'argent à l'Iran.
Quant au nucléaire, là encore, les discussions s'annoncent difficiles. Il faut ajouter à cela que certains sujets, comme le programme balistique ou le soutien de Téhéran à des groupes terroristes, ne seront même pas négociées : c'est une victoire pour l'Iran. Et le régime en place est sans doute plus dur encore qu'au début de la guerre. Et il a un atour dans sa manche : il sait que la fermeture du détroit d'Ormuz peut freiner toute l'économie mondiale.
Source : franceinfo — voir l'article d'origine ↗