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🌍 Monde

REPORTAGE. "C'est presque en train de devenir à la mode" : aux Etats-Unis, le foot espère gagner encore un peu de terrain avec la Coupe du monde

Longtemps parent pauvre du sport américain, le "soccer" espère s'asseoir à la table du basket, du baseball ou du football américain à l'issue du Mondial. Il lui faudra pour cela encore élargir le public conquis depuis les années 1990.

Pour faire monter la température, la chaîne américaine Fox Sports a produit un spot volontairement provocateur. A la dernière minute de la finale de la Coupe du monde face au Brésil, l'équipe américaine marque sur corner. S'en suivent des scènes de liesse qui n'ont rien à envier au 12 juillet 1998, la Cinquième avenue remplaçant les Champs-Elysées. Sur le plan suivant, un cow-boy au volant de son pick-up remplace une figurine du joueur de foot américain Tom Brady par celle de Winston McKennie, une des vedettes des gars du soccer. Hé, les Américains, on se réveille, non ?

Pourquoi la Coupe du monde 2026 est un grand test pour les Etats-Unis, ce pays du soccer qui rêve de devenir une grande nation de football

Petit à petit, les choses ont changé. L'équipe nationale, grâce à des stars comme le légendaire gardien Tony Meola ou Christian Pulisic, coqueluche de la nouvelle génération qui a droit à son verre collector chez McDo, s'est lentement reconstruite pour s'assurer une présence régulière en Coupe du monde ponctuée d'un exploit, un quart de finale en 2002 ou d'un but mythique, comme celui de Landon Donovan contre l'Algérie en 2010, fêté par tout un pays. Ce qui a permis de fédérer une solide base de fans.

"On voit de plus en plus de maillots dans la rue"

Derrière le comptoir de la Shellback Tavern, vue imprenable sur la Manhattan Beach de Los Angeles, Joe en est le témoin privilégié depuis plusieurs années. Ce barman à la voix éraillée a décoré son établissement de pied en cap aux couleurs de la Coupe du monde. "Un rendez-vous incontournable', assure-t-il.

"On ouvre plus tôt quand il y a des matchs importants à des horaires inhabituels, tôt le matin, tard le soir. Et le public répond présent."

Alors que les télés diffusaient le match d'ouverture Mexique-Afrique du Sud, vendredi soir, les supporters américains étaient à l'heure de l'événement. Comme Mike, qui a traversé le pays depuis la Caroline du Nord pour assister au match des Etats-Unis face au Paraguay, dans la nuit de vendredi à samedi. "J'ai acheté mon maillot il y a un mois. Je voulais participer à la fête." Un comportement qui reflète bien l'attachement volatil des Américains à leur équipe nationale : "le record d'audience historique est tombé face au Paraguay, avec 25 millions de téléspectateurs aux Etats-Unis, mais pendant les 3 ans et 11 mois qui ont précédé le Mondial, il y avait tout au plus un million de personnes devant les matchs de préparation", illustre Leander Schaerlackens, auteur du livre The Long Game sur l'histoire du soccer outre-Atlantique.

"On voit de plus en plus de maillots de foot dans la rue", atteste Brandon Hines, derrière la chaîne YouTube American Ultra Talk spécialisée sur l'actualité de Team USA. "C'est presque en train de devenir la dernière mode ici !" A Charlotte, avant le match amical contre le Sénégal, des clappings et un défilé vers le stade ont été observés, à l'image des pratiques des supporters européens.

"On s'intéresse aux équipes qui gagnent"

Le supportérisme américain est à l'image des gens qui suivent cette équipe : un melting-pot. "Chaque communauté importe ses chants, ses traditions, sa culture, dans sa façon de soutenir l'équipe. Le résultat de ce mélange en fait quelque chose de purement américain", appuie Bailey Brown, présidente de l'Independent Supporters Council, une organisation qui rassemble plus de cent groupes de fans à travers le pays.

D'où l'existence du groupe Barra 76 qui veut importer les coutumes des ultras argentins. D'où l'existence, aussi, de Marcus Cranston, vétéran de l'armée américaine et devenu le plus connu des fans de soccer pour son personnage d'Eagleman. Quatre heures avant le coup d'envoi d'Etats-Unis-Paraguay, il est déjà là à enchaîner les selfies et craquer les fumis. On le reconnaît à deux miles à la ronde avec son costume en néoprène fait maison "avec beaucoup de colle et beaucoup de temps !". Un plan de coupe lors du match Belgique-Etats-Unis au Mondial 2014 ont suffi à faire sa légende. "Un jour, le taxi qui m'amenait au stade avait dû s'arrêter à 2 km de l'enceinte. J'ai mis 1h30 à les faire à pied. Les Brésiliens me demandaient une photo tous les dix mètres."

Aujourd'hui, c'est quand la télé ne montre pas Eagleman en tribune, ou que sa compagne ne porte pas son déguisement de Wonder Woman, que Marcus Cranston est inondé de messages inquiets. Preuve que le soccer occupe une place de plus en plus grande dans le cœur des Américains. Pour Brandon Hines, "le supporter de l'équipe nationale masculine est plus jeune et plus souvent un homme que celui des féminines, qui ont commencé à gagner il y a plus longtemps. Or, aux Etats-Unis, on s'intéresse aux équipes qui gagnent", affirme le youtubeur sur la foi d'une étude YouGov sur le profil des supporters.

Source : franceinfovoir l'article d'origine ↗

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