REPORTAGE. "Il y a un espoir que tout s'arrange"... Contre vents et marées, Haïti a retrouvé la Coupe du monde
Le premier match d'Haïti au Mondial depuis 1974 a offert un moment de communion bienvenu, alors que le pays est enfoncé dans la crise.
La beauté de la Coupe du monde réside dans sa capacité à offrir un terrain d'expression à une foule de nations. Le passage de 32 à 48 équipes a étendu cette vocation. Par nature, de plus en plus de pays qui fêtent le fait d'être là avant d'avancer des objectifs s'ajoutent à la grande messe du football.
Le Gillette Stadium de Foxborough, qui accueillera le match des Bleus contre la Norvège, en a été le théâtre, samedi 13 juin, avec un match entre deux revenants. D'un côté l'Ecosse et sa Tartan Army, qui n'avait plus hurlé Flower of Scotland en Coupe du monde depuis 1998. De l'autre, Haïti, dont on avait presque oublié la participation en 1974 et qui s'est frayé un chemin sur le devant de la scène contre vents et marées.
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Samedi soir, les Grenadiers ont été logiquement secoués et battus (1-0) par une équipe 39 places devant elle au classement Fifa (41e contre 80e), sur le seul but provoqué par John McGinn avec l'aide involontaire de Jean-Ricner Bellegarde (28e). Mais ils ont regardé leur adversaire dans les yeux et ne sont pas passés loin du match nul, après une fin de match dominée, avec un coup de tête de Frantzdy Pierrot passé juste à côté du poteau.
La diaspora bostonienne au soutien en l'absence des résidents haïtiens
Ruben Providence, Lenny Joseph et Carlens Arcus ont pourtant affiché un visage très fermé en zone mixte après la rencontre. "On est des compétiteurs. Ce n'est pas parce qu'on est Haïti qu'on ne doit pas viser les trois points. Aujourd'hui c'était notre objectif. Mais ça reste une très belle expérience. On apprend dans les défaites et ça reste une journée inoubliable, que ce soit sur le plan personnel ou collectif. On a fait tellement de sacrifices pour en arriver là", a expliqué le dernier nommé.
L'équipe de Sébastien Migné a appris à se battre contre le sens du courant. En raison de la guerre des gangs qui fait rage dans la capitale Port-au-Prince, la sélection a disputé tous ses matchs de qualification à l'extérieur. Jamais le sélectionneur n'a pu guider l'équipe sur le sol national et une partie des joueurs n'a jamais foulé le sol haïtien.
"Même si ça ne se passe pas trop bien au pays, il y a un espoir que tout s'arrange", rêve Moïse, venu de Belgique pour soutenir Haïti ce soir pic.twitter.com/7ZQsZ0ppHN
"Même si ça ne se passe trop bien au pays, il y a un espoir pour que tout s’arrange, qu’on puisse retourner enfin au pays pour bien fêter ça", voulait croire Moïse, venu de Belgique pour soutenir Haïti et interrogé devant la statue de Tom Brady sur le parvis du Gillette Stadium. Son ami Réginald, du Canada, affichait un sourire encore plus grand. "Moi, j’ai quitté Haïti il y a 40 ans. J’ai 51 ans. La dernière fois qu’Haïti était à la Coupe du monde, c’était en 1974. C’est l’année où je suis né. Je ne pouvais pas manquer ça. C’est un événement rassembleur, enfin", se réjouit-il.
La qualification compromise dès le premier match
La défaite n'a sans doute pas entamé l'enthousiasme de ces deux hommes, même s'ils avaient pronostiqué une victoire d'un but de leur sélection. La fête est restée belle, malgré la retouche exigée par la Fifa sur une tenue de match jugée trop politique, et les restrictions qui ont empêché les résidents haïtiens de passer la frontière américaine.
L'État du Massachusetts, et plus précisément Boston, concentre la troisième plus grande communauté haïtienne des Etats-Unis (plus de 90 000 personnes). L'héritage de l'exil des élites sous la présidence de François Duvalier dans les années 1960, puis d'autres faits historiques comme le tremblement de terre de 2010. Le soutien de la diaspora bostonienne a permis à la clameur haïtienne de rivaliser par instants avec la bruyante et rodée armée écossaise, à coups de "Haïti, Haïti". De quoi oublier le contexte politique difficile aux Etats-Unis.
"Malgré tout, ça reste une très belle expérience. Comme on le dit souvent, on apprend dans la défaite", revient Carlens Arcus après la défaite d'Haïti contre l'Ecosse pic.twitter.com/ovSBOLtone
"Nous avons un président (Donald Trump) qui attaque la communauté haïtienne dans son premier mandat, et maintenant dans son deuxième. Le statut de protection temporaire est menacé, alors qu'il est un statut légal pour tellement d'Haïtiens ici. Nous sommes soumis à une forte pression, à beaucoup de stress, mais Haïti a toujours combattu au-dessus de sa catégorie", soulevait avant la rencontre Ruthzee Louijeune, un membre du conseil de Boston, à Associated Press.
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