La série "Ponies", primée au Festival de Monte-Carlo, illustre le vent de fraîcheur qui souffle sur les fictions d'espionnage
Cette production américaine a obtenu le prix du public au 65e festival de télévision monégasque : une récompense qui met en lumière une fiction sur la guerre froide qui ne se prend pas au sérieux.
À première vue, c'est une série d'espionnage comme une autre. Des agents doubles, un bureau de la CIA dans le Moscou de la fin des années 1970, des courses-poursuites en Lada dans la neige, des coups de feu et des morts… Et puis, très vite, on se retrouve à sourire comme si on était dans une comédie légère "girly". Un genre hybride, mi-thriller mi-comique, qui a obtenu le prix du public au Festival de Monte-Carlo, et dont la première saison est visible sur la plateforme HBO depuis le 28 mai.
"Ponies" est un acronyme bien connu dans le monde du renseignement. Il signifie en anglais "Person Of No Interest", des personnes qui ne présentent donc aucun intérêt particulier, et qui ne nécessitent par conséquent aucune surveillance. Et quoi de plus insignifiant dans le Moscou de la fin des années 1970 que ces deux secrétaires d'ambassade un peu gaffeuses, Bea et Twila, dont les maris sont morts dans de mystérieuses circonstances ?
Ce duo de veuves assez naïves va être catapulté dans le monde de l'espionnage et se retrouver au cœur d'une mission à haut risque. Deux jeunes femmes tellement naturelles qu'elles n'attireront pas l'attention du KGB... On se doute bien que les vrais services secrets soviétiques se seraient rapidement doutés de la réalité, mais cela tombe bien : l'histoire est totalement fictive, et ces personnages ne ressemblent à aucun existant ou ayant jamais existé.
De ce point de départ, qui n'aurait pu être qu'un artifice féministe de plus pour dénoncer une énième fois le machisme décomplexé des années 1970, la mayonnaise prend pourtant. Car on s'attache à suivre l'évolution de ce duo improbable et paumé qui se transforme. Cette amitié qui se construit peu à peu constitue finalement le cœur de l'intrigue, en parallèle de la véritable histoire d'espionnage.
Le plaisir éprouvé se trouve ainsi autant dans la reconstitution visuelle vintage de cette époque de la guerre froide, que dans le jeu décalé des actrices principales, Emilia Clarke (Game of Thrones) et Haley Lu Richardson. L'alchimie fonctionne, et l'énergie assez chaotique de ces personnages féminins permet à la série de rester sur le fil du rasoir entre thriller et comédie, sans jamais basculer totalement d'un côté ou de l'autre. La bande-son entraînante, signée par Jung Jae-il (compositeur des bandes originales de Parasite et Squid Game), ajoute également une touche de fantaisie s'il en manquait encore.
Un renouveau des séries d'espionnage
Ponies s'éloigne des classiques, mais le succès de sa première saison confirme que les fictions sur le renseignement ont plus que jamais le vent en poupe. Des séries renouvelées au genre décalé, comme Slow Horses et ses agents désabusés dont l'humanité et les failles ont séduit le public, ou Legends et son équipe de douaniers novices. Ponies se place tout autant en contrepoint de la figure traditionnelle de l'espion. Désormais, c'en est fini de James Bond et des héros invincibles. Place aux personnages invisibles, fragiles, fatigués et maladroits, voire sous-estimés comme Bea et Twila, qui deviennent précisément efficaces parce que personne ne s'y attendait.
Place aussi aux héroïnes féminines, qui ne se contentent plus des seconds rôles ou de la séduction. Les femmes occupent désormais les premiers rangs, avec là encore l'idée que les personnages les plus intéressants ne sont pas forcément ceux qui ont le plus de pouvoir ou de compétences, mais ceux qui passent parfois totalement inaperçus.
Dans Ponies, le récit intimiste est privilégié face aux grandes démonstrations historiques. La guerre froide a toujours été un formidable terrain de jeu pour les réalisateurs, et elle demeure un décor de choix. Mais justement, elle n'est ici qu'une toile de fond pour l'intrigue. On sent que les considérations géopolitiques n'ont plus la cote, et c'est à l'histoire particulière de ces deux jeunes femmes que l'on s'attache. Leur relation humaine vole totalement la vedette aux missions secrètes, même si l'action et les rebondissements conservent évidemment une place importante dans le scénario.
Avec cette distinction obtenue à Monaco, Ponies confirme son statut de belle surprise de l'année 2026. Sa récompense pourrait donner de l'espoir aux spectateurs qui comptent bien sur une deuxième saison pour ce thriller aux accents burlesques.
"Ponies", créée par Susanna Fogel et David Iserson, avec Emilia Clarke, Haley Lu Richardson, Adrian Lester... Saison 1 (8 épisodes de 50 minutes) à voir sur HBO Max.
Source : franceinfo — voir l'article d'origine ↗