"La Vie parisienne" d'Offenbach portée en triomphe au théâtre du Châtelet
Le très attendu opéra-bouffe version Valérie Lesort, porté par une distribution exceptionnelle avec notamment Christian Hecq, Benjamin Lavernhe et Marie Oppert, a trouvé son public. Euphorisant.
Commencer d'abord par la conclusion : Valérie Lesort, la troupe de danseurs et les artistes de la Comédie-Française ont été plus que convaincants. À l'applaudimètre, La Vie parisienne, l'opéra-bouffe de Jacques Offenbach, fait un triomphe lors de la première, vendredi 12 juin, au théâtre du Châtelet. Les rires et les ovations ont fusé tout au long du spectacle, avec pour point d'orgue la scène sur le veston qui a craqué : un moment lyrique puissant, mais aussi une situation loufoque qui déclenche l'hilarité du public. Une complicité exceptionnelle, renouvelée à plusieurs reprises.
L'opéra n'a pas été monté au théâtre du Châtelet depuis quarante-cinq ans et la Comédie-Française ne l'a pas joué depuis trente ans. Le spectacle était ainsi très attendu. La troupe de la Comédie-Française investit les lieux pour une collaboration inédite. Valérie Lesort mesure la pression qui pèse sur elle pour la mise en scène de l'œuvre du plus français des compositeurs allemands.
Un peu d'histoire : La Vie parisienne est un opéra-bouffe (œuvre traitant d'un sujet comique et/ou léger) de Jacques Offenbach, livret de Henri Meilhac et Ludovic Halévy, créé en cinq actes au théâtre du Palais-Royal, le 31 octobre 1866, puis en quatre actes le 25 septembre 1873 au théâtre des Variétés.
Cette satire sociale féroce et facétieuse met en scène plusieurs personnages inspirés des nuits parisiennes de l'époque. Des hommes de toutes classes sociales courent derrière le pouvoir et le plaisir, tandis que les femmes sont obnubilées par l'argent. Derrière les clichés, les librettistes décrivent avec un humour mordant les travers de la société parisienne du Second Empire.
"Mais comment, en tant que femme, mettre en scène ce spectacle en 2026, sans le dénaturer ou faire rentrer, au forceps, une morale qui n'y a pas sa place ? Comment dépeindre ces hommes qui n'ont pour objectif que le pouvoir et le sexe ? Et ces femmes prêtes à se vendre entièrement et joyeusement mues par le seul appât du gain ? Plutôt que d'édulcorer le propos, j'ai décidé de l'exagérer", explique, dans le livret, Valérie Lesort.
S'inspirant de La Fontaine, elle fait ressortir l'animalité des personnages. Sur scène, des porcs et des poules. Les hommes sont pansus, portent des groins et des queues en tire-bouchon, les femmes en gallinacées emplumées. Il faut, ici, saluer le travail remarquable de Carole Allemand pour les prothèses et de Vanessa Sannino pour les costumes. Résultat : explosion de couleurs, de créativité et des comédiens époustouflants d'authenticité.
La gestuelle est impressionnante : les artistes prennent des attitudes animales sans jamais singer ou tomber dans la caricature et le premier degré.
La Vie parisienne est un moment de respiration, de complicité et de fantaisie. Une réussite totale. Portée par une distribution exceptionnelle, aussi bien au chant qu'à la comédie, et avec une direction musicale inspirée d'Alexandra Cravero, l'œuvre de Jacques Offenbach est un antidote à la morosité. Au grand bonheur d'un public enthousiaste et généreux dans son expressivité. La Vie parisienne, un bonheur nommé Offenbach ravivé par Valérie Lesort.
Source : franceinfo — voir l'article d'origine ↗