✨ Nouveau · des dizaines de salons français actifs 24h/24 — voir les salons →
📰 À la une

Le pianiste Abdullah Ibrahim, géant sud-africain du jazz, est mort à 91 ans

Exilé pendant l'apartheid, le musicien fut repéré dans les années 60 en Suisse par Duke Ellington avec qui il a partagé la scène.

Abdullah Ibrahim, pianiste à la longue silhouette élégante et au jeu épuré qui a enregistré plus de 70 albums en plus de six décennies de carrière, "s'est éteint paisiblement entouré de sa famille en Allemagne, des suites d'une courte maladie", précise la famille du musicien dans son communiqué relayé par l'AFP lundi soir. En mars dernier, il avait joué une ultime fois devant le public sud-africain lors du festival international de jazz du Cap, sa ville de naissance.Né au Cap le 9 octobre 1934 sous le nom de baptême d'Adolph Johannes Brand, Abdullah Ibrahim commença le piano à l'âge de 7 ans, sous l'influence de sa mère, pianiste à l'église mais aussi lors de projections de films muets. Il fit ses débuts professionnels à l'âge de 15 ans, jouant avec de grands ensembles de swing, puis il forma son premier groupe, le Dollar Brand Trio, à 24 ans. En 1959, il rejoint le septet The Jazz Epistles, qui compte aussi le trompettiste Hugh Masekela (1939-2018), et enregistre le premier album d'un groupe sud-africain noir.

Exil en Europe, puis aux États-Unis

Dans les années 1960, le jazz devient un symbole de la résistance à l'apartheid en raison de la mixité de ses groupes et de son public, mal vue des gouvernements de l'époque. Métis et militant anti apartheid, Dollar Brand se fait arrêter à diverses reprises et se trouve contraint à l'exil en Europe, puis à New York, dans les années 1960.Il fuit donc l'Afrique du Sud en 1962, l'année où Nelson Mandela, leader du mouvement contre l'apartheid, fut arrêté puis condamné à la prison à vie. Abdullah Ibrahim, qui joue encore sous le nom de Dollar Brand, et sa future épouse, la chanteuse Sathima Bea Benjamin, signent un contrat pour jouer dans un club à Zurich, en Suisse. C'est là qu'en 1963, il est repéré par l'une des éminences du jazz américain, Duke Ellington, qui l'embarque pour une séance d'enregistrement à Paris.Installé à New York, aux États-Unis, Brand se produit avec l'orchestre de "Duke", étudie la composition à la prestigieuse Juilliard School of Music et côtoie d'autres jazzmen. Trois ans plus tard, il retourne au Cap et en 1968, il se convertit à l'islam, adoptant le nom d'Abdullah Ibrahim.

"Mannenberg", son hymne anti apartheid

En 1974, lors d'un séjour dans son pays natal, il enregistre Mannenberg, du nom d'un township peuplé de gens déplacés par les autorités pour créer un quartier complètement blanc au Cap. Succès immédiat, la composition devient un chant de la lutte contre l'apartheid et l'hymne officieux des émeutes de Soweto en 1976.

Le couple repart à New York avec ses deux enfants. Ils ne reviendront que bien des années plus tard, à la libération de Nelson Mandela, après 27 ans de prison et de bagne. Abdullah Ibrahim joue à l'investiture de Mandela, le premier président noir du pays, en 1994. Il monte une école de jazz en Afrique du Sud mais il poursuit en parallèle sa carrière internationale.Malgré ses années d'exil, toute la musique d'Abdullah Ibrahim sera restée imprégnée de l'histoire de l'Afrique du Sud, de ses résistances, de ses espoirs, de sa culture, de ses rythmes et ses musiques, et marquée par des compagnonnages artistiques de compatriotes comme celui de Hugues Masekela et du tromboniste Jonas Gwangwa.

Ses inspirations : "Ma famille, mes amis, là où j'ai grandi"

Peu bavard, cet homme élancé aux gestes doux avait une ceinture noire en karaté et a étudié les arts martiaux toute sa vie. Ayant enregistré plus de 70 albums, il affirmait en 2024 que devenir célèbre n'a jamais été un objectif. Ses compositions parlent de ce qu'il "connaît le mieux", comme le lui avait recommandé un professeur de lycée : "Ma famille, mes amis, là où j'ai grandi." En 2021, il confiait aussi que sa musique se voulait "sincère, communier". "Il n'y a pas de passé, d'avenir, juste le moment présent auquel on convie l'auditeur."

"Son héritage est similaire à celui de Duke Ellington, en ce sens qu'il a exercé une influence considérable à la fois comme pianiste et compositeur", souligne la chercheuse et musicologue sud-africaine Christine Lucia auprès de l'AFP. Et si Abdullah Ibrahim "a été la coqueluche du mouvement anti apartheid en raison de la promesse de liberté que contenait sa musique", les mêmes morceaux parlent aujourd'hui "d'espoirs dispersés, perdus, ce qui la rend presque insupportablement poignante".

Source : franceinfovoir l'article d'origine ↗

Ton avis sur cette actu ?

Rejoins un salon et lance le débat.

Entrer au chat →