Pourquoi Marie-Thérèse Garcia, alias "Ma Dalton", est jugée pour le meurtre de Corinne Di Dio, 31 ans après la découverte d'un corps démembré
Ce cold-case avait été relancé à partir d'une écoute téléphonique dans l'affaire du meutre de Leslie et Kevin dans les Deux-Sèvres. Le procès s'ouvre lundi devant la cour d'assises des Yvelines.
Elle est jugée pour enlèvement, séquestration et meurtre. Plus de trente ans après la disparition de Corinne Di Dio, retrouvée démembrée dans une malle flottant sur la Seine, son ex-belle-sœur Marie-Thérèse Garcia, 79 ans, comparaît devant la cour d'assises des Yvelines à partir du mardi 16 juin.
Une septuagénaire en détention provisoire, 28 ans après la découverte d'une femme démembrée dans une malle aux Andelys
Dans cette affaire d'homicide hors normes, non élucidée pendant des décennies, Antonio Marquez Gomez, ancien compagnon de la victime et père de leur fils Romain, est accusé des mêmes crimes que Marie-Thérèse Garcia. Recherché pour trafic de stupéfiants, cet ex-braqueur est en fuite et fait l'objet d'un mandat d'arrêt international.
La garde de l'enfant comme mobile ?
Tout commence le 19 juin 1995, quand Corinne Di Dio, employée chez Bouygues, s'évapore après avoir quitté son travail à bord de sa Peugeot 205, contrariée par un rendez-vous concernant la garde de son enfant. Un corps est repêché près de dix jours plus tard dans une caisse métallique dérivant sur la Seine, près de La Roquette, dans l'Eure. La victime, dont il ne reste que le tronc et les jambes, a reçu quatorze coups de couteau, dont plusieurs mortels au thorax.
Il faut attendre deux ans pour que le cadavre soit identifié comme étant celui de Corinne Di Dio, grâce à des analyses ADN. Les soupçons se portent rapidement sur Marie-Thérèse Garcia, compagne de Francisco Marquez Gomez, le frère d'Antonio, et connaissance de longue date de Corinne Di Dio. Celle-ci déposait régulièrement son fils de 10 ans chez elle, à Saint-Hilarion, dans les Yvelines.
L'ordonnance de mise en accusation, consultée par franceinfo, mentionne le surnom peu flatteur de "Ma Dalton" attribué par l'ex-gendre de Marie-Thérèse Garcia, qui la décrit comme "tordue" comme le personnage de la BD Lucky Luke. Les juges évoquent surtout comme possible mobile un contexte de rivalité sentimentale ainsi qu'une grande proximité entre Marie-Thérèse Garcia et Antonio Gomez Marquez, qui souhaitait récupérer la garde de Romain. Il l'avait enlevé une première fois et avait été condamné pour cela. L'enfant est parti vivre en Espagne avec lui après la disparition de Corinne Di Dio.
L'une des filles de Marie-Thérèse Garcia et un ancien compagnon, avec lesquels elle est en conflit, assurent qu'elle leur a avoué avoir commis le meurtre. Mais faute de preuves suffisantes, deux non-lieux sont prononcés, en mars 2000 et avril 2008.
L'ombre du grand banditisme des années 1980
D'autres pistes sont examinées par les enquêteurs, dont celle de Jean-Jacques Maurice, figure du grand banditisme dans les années 1980, qui s'est suicidé en prison en juin 1997. Ancien petit ami de Corinne Di Dio, il aurait nourri une rancœur tenace à son égard après qu'elle eut témoigné contre lui. L'accusation n'a toutefois pas de charges suffisantes contre lui.
L'affaire repart en 2012, après l'exploitation d'écoutes téléphoniques d'une petite-fille de Marie-Thérèse Garcia. Elle affirme avoir vu dans sa jeunesse "une bonne femme se faire couper en morceaux". Mais elle meurt dans un accident de la route avant d'avoir pu être entendue par un juge d'instruction. Nouveau rebondissement cinq ans plus tard, en 2017, avec l'examen de deux cheveux retrouvés dans la malle avec Corinne Di Dio. Leur analyse a permis de déterminer que leur profil ADN était compatible avec Marie-Thérèse Garcia.
L'affaire Leslie et Kevin comme détonateur
C'est au gré d'une autre affaire criminelle que Marie-Thérèse Garcia est rattrapée par la justice. En janvier 2023, une écoute alerte les enquêteurs qui travaillent sur la disparition d'un jeune couple, Leslie Hoorelbeke et Kevin Trompat, dans les Deux-Sèvres, dont les corps ont finalement été retrouvés. On y entend Marie-Thérèse Garcia, qui n'est autre que la grand-tante de Leslie, parler de représailles contre les ravisseurs et menacer d'emmener les coupables "en morceaux, dans une valise". Elle se montre très investie dans les recherches, y compris du chien de sa petite-nièce, Onyx. Elle a même répondu aux questions d'Ici Dordogne sur un appel à témoins lancé pour retrouver l'animal.
Cette interception lui vaut une mise en examen et un placement en détention provisoire en mai 2023. Elle est ensuite renvoyée devant la cour d'assises. Fin novembre 2024, ses avocats dénoncent une instruction réalisée au pas de course et demandent la mise en liberté de celle qu'ils présentent comme la plus vieille détenue de France dans l'attente de son procès. Leur cliente, qui clame son innocence, a fait un malaise en détention, un "début d'AVC".
"Ce procès représente tout pour moi"
Avant l'ouverture de l'audience, l'avocate de l'accusée, Najwa El Haïté, met en avant son âge avancé et son état de santé, qui "se détériore de jour en jour". Pour la défense, qui insiste sur un contexte familial explosif, émaillé de conflits patrimoniaux et de procédures judiciaires, les traces capillaires retrouvées dans la malle sont loin d'être une preuve matérielle. D'autant que leur couleur diffère de celle des cheveux de Marie-Thérèse Garcia au moment des faits. "A cette époque, ses cheveux sont noir corbeau", soutient Najwa El Haïté auprès de BFMTV. "Tout l'enjeu du procès sera de prouver qu'il n'y a aucun élément nouveau par rapport aux deux non-lieux de 2000 et de 2008", a par ailleurs indiqué l'avocate à l'AFP.
Source : franceinfo — voir l'article d'origine ↗