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"Backrooms", le piège hypnotisant du jeune réalisateur Kane Parsons, de YouTube au grand écran

Avec ce nouveau film adapté d'une série de courts-métrages vidéo et d'une des légendes urbaines les plus célèbres d'internet, A24 réalise son meilleur démarrage au box-office mondial.

En 2019, un internaute publie sur le site d'images "4chan" une photo d'une pièce à la tapisserie jaune pâle et à la moquette beige terne. L'endroit est vide, on aperçoit en son fond ce qui semble être un couloir, le tout éclairé par une blafarde lumière de néons. L'internaute anonyme la légende comme une photo des "backrooms", un espace hors du temps, des millions de mètres carrés de couloirs jaunes, un labyrinthe parallèle à notre réalité – et qui échappe à ses règles.

Trois ans plus tard, en 2022, un jeune youtubeur de 17 ans spécialisé dans la modélisation 3D et les effets spéciaux, Kane Pixels (de son vrai nom Kane Parsons), publie sur sa chaîne une série de courts-métrages présentés comme des found footage – des vidéos retrouvées – d'expéditions dans ces backrooms. Ces couloirs deviennent de plus en plus dérangeants et se révèlent habités d'une étrange présence. Sa série de vingt-deux vidéos cumule des millions de vues et entérine cette légende d'internet. Le jeune homme a très vite été approché par le studio A24 afin qu'il écrive et produise une histoire originale : et voici Backrooms, en salles mercredi 17 juin, d'ores et déjà le meilleur démarrage au box-office états-unien du célèbre studio.

Clark (Chiwetel Ejiofor, Twelve Years a Slave, 2013, Eleonor the Great, 2025) est le propriétaire d'un magasin de meubles qui semble frôler la faillite. Architecte manqué et alcoolique colérique, il raconte à sa psychothérapeute Marie (Renate Reinsve, Julie en 12 chapitres, 2021, Fjord, 2026) ses frustrations, parmi lesquelles la douloureuse séparation avec sa femme.

Contraint de dormir dans son magasin, il y découvre une nuit une mystérieuse porte cachée dans son sous-sol, qui le transporte dans un étrange espace. Bien décidé à arpenter ces couloirs jaunes, il va progressivement découvrir que plus il s'y enfonce, plus les choses deviennent anormales.

L'appropriation d'un mythe

S'il étend et approfondit l'univers qu'il a créé, Kane Parsons se permet aussi de réécrire les règles, voire d'en oblitérer certaines, et pour cause : il s'agit ici d'une toute nouvelle histoire, qui a vocation d'introduire cette étrange réalité parallèle à un public plus large que celui des forums et de YouTube.

Mais force est de constater que Kane Parsons a été au rendez-vous, séduit par l'idée que le créateur soit mis aux rênes d'un tel projet, en en maîtrisant autant l'écriture que la réalisation alors qu'il s'agit de sa première fois sur un plateau de tournage. En salles depuis le 29 mai aux Etats-Unis, il a d'ores et déjà généré 118 millions de dollars à l'international, pour un budget initial de 10 millions de dollars.

Il faut dire aussi que le concept est attrayant. Les "backrooms" sont des "espaces liminaux" – eux aussi sont très populaires sur internet – c'est-à-dire ces endroits qui paraissent normaux et pourtant, quelque chose dérange, un malaise qu'on ne saurait expliquer. Kane Parsons l'a dit lui-même, ils relèvent d'une forme de nostalgie – ici l'univers des zones commerciales américaines des années 1990 (même si le réalisateur a 20 ans) – et jouent avec le familier, à mi-chemin entre le rêve et les souvenirs d'enfance, ce qui leur donne parfois cet aspect mélancolique et lugubre.

La matérialité des décors de ces backrooms qui semblent infinies est la plus belle exploration de ce film. Faisant référence autant à sa propre création qu'à l'immense travail de curation de photos effectué par les internautes, ou encore à des œuvres préexistantes sur les espaces liminaux comme les jeux vidéo Pools ou Anemoiapolis, Kane Parsons retranscrit à merveille toute l'atmosphère anxiogène de ces lieux.

Résilience et honte

Aussi étouffant qu'hypnotisant, ce labyrinthe est un piège fascinant. "Décrire cet endroit, c'est comme décrire un chien à quelqu'un qui n'en a jamais vu et lui demander de le dessiner", explique Clark à sa psychologue lorsqu'il souhaite lui décrire sa découverte : impossible à expliquer, ces endroits se ressentent plus qu'ils ne se décrivent.

Sans grande surprise, les performances de Renate Reinsve, prix d'interprétation féminine au Festival de Cannes en 2021 et Chiwetel Ejiofor, Bafta du meilleur acteur en 2013 pour Twelve Years a Slave, sont excellentes et millimétrées alors que tous deux font leurs premiers pas dans le cinéma horrifique. Ils incarnent deux chemins différents vers la résilience, l'acceptation pour chacun de ses propres traumatismes et de ses propres torts.

Malgré une sortie d'internet extrêmement bien maîtrisée, l'écriture de Backrooms pèche par son manque d'équilibre entre la volonté d'explorer cet univers – traité comme un personnage à part entière – et celle de construire autour une version aboutie de l'évolution de ses protagonistes. Backrooms table sur la lancinante angoisse suscitée par "l'endroit", mais s'essouffle dans son dernier tiers, lorsque son scénario devient plus cabotinant, plus prévisible et moins innovant.

Source : franceinfovoir l'article d'origine ↗

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