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"J'adore les mélodrames" : rencontre avec Kalindi Ramphul et son monde littéraire fait de fantômes et de l'île Maurice

L'autrice de "Greta et Marguerite" et des "Jours mauves" est retournée à Maurice pour écrire son troisième roman, se plonger dans la culture orale de sa famille mauricienne de tradition hindoue.

Les Solitudes de Petite Rivière, publié début mai par les éditions JC Lattès, c'est d'abord une jeune écrivaine, Kalindi Ramphul, qui raconte une vieille écrivaine, Soledad. Cette dernière vit seule sur l'île Maurice. Elle a beaucoup écrit, par le passé, et a connu de nombreux succès littéraires. Mais là, c'est la panne sèche. Alors, à l'aide de son petit voisin Sanjay – qui rêve de devenir à son tour écrivain –, elle décide de raconter ce qu'elle n'a jamais fait jusqu'alors, la vie de sa famille, romanesque, dramatique et ubuesque. En commençant par sa mère, chanteuse prodige d'opéra, originaire d'une famille pauvre au nord de Maurice, du village de Petite Rivière.

De l'île de l'océan Indien à l'Espagne, Kalindi Ramphul dépeint dans son troisième roman une grande fresque faite de fantômes, d'humour et de poésie, dans la continuité de ses deux premiers romans.

En 2024, après le décès soudain de son père, Kalindi Ramphul se tourne vers l'écriture et publie Les Jours mauves aux éditions JC Lattès, un premier récit d'autofiction sur des funérailles loufoques le temps d'un voyage en bus à travers la France. Un hommage cathartique à son père, écrit en partie en Grèce. Un an plus tard, elle s'envole pour la campagne finlandaise pour y écrire le portrait d'une autre famille, celle-ci faite de pièces rapportées, dans Greta et Marguerite (2025). Toujours en mouvement lorsqu'elle écrit ses romans, elle est partout sauf à Paris, "cet antre du démon qui aspire les âmes qui y pénètrent", comme le caractérise l'autrice, qui a le goût de l'hyperbole.

Alors, pour Les Solitudes de Petite Rivière qui se déroule sur l'île natale de son père, Maurice, il a fallu y retourner, malgré une famille paternelle "très heurtée" par la fiction telle qu'écrite dans Les Jours mauves. La famille hindoue est très pieuse et peu acquise à la fiction. "J'y racontais la sexualité de mon père, qui est une sexualité à moitié fictionnelle et à moitié vraie."

"Les premières semaines de mon arrivée, je n'ai quasiment vu personne, se remémore l'autrice. Je suis restée seule et j'ai appris à me réapproprier cet endroit qui fait partie de mon ADN, qui fait partie de ma culture, en me disant que j'avais le droit d'être là, sans forcément parler à ma famille. J'ai découvert la vie culturelle mauricienne, qui m'était inconnue. J'ai été à la radio et j'ai fait le journal télévisé de 20 heures. J'ai pu rencontrer d'autres écrivains, des journalistes..."

Loin et proche à la fois. Dans son enfance parisienne à Levallois-Perret "entourée de Blancs, riches et catholiques pour la plupart", Kalindi Ramphul s'est moulée dans "une vie totalement occidentale et bourgeoise". Mais le sentiment de décalage était malgré tout inévitable. D'abord, avec les autres enfants, "il n'y avait aucun autre élève originaire de cette partie-là de l'Afrique et de l'Asie, j'étais la seule aux traits indiens". Puis, avec sa famille mauricienne avec laquelle elle ressent "un écart fulgurant" mais d'une "extraordinaire richesse" : "À Maurice, ma famille est très pieuse. Mon père vient d'une famille nombreuse où il y avait huit frères et sœurs et j'avais des grands-parents illettrés."

Deux mondes donc, qu'on retrouve dans le personnage de Soledad, dont la mère est mauricienne de Petite Rivière et le père un riche aristocrate espagnol. Deux mondes qui communiquent mais dont Kalindi Ramphul questionne les rapports de pouvoir. Dans Les Solitudes de Petite Rivière, Maurice est un personnage à part entière. Kalindi Ramphul accorde une place toute particulière à cette île, à sa géographie, sa faune, sa flore, sa nourriture, ses odeurs – le roman est particulièrement sensoriel –, sa population – notamment hindoue, dont fait partie sa famille. Mais également à sa relation paradoxale au tourisme de masse qui défigure ses paysages.

Incursion fantastique

Dans les romans de l'autrice, on retrouve toujours les mêmes "thématiques obsessionnelles" : la maladie, l'amitié, l'amour contrarié ou salvateur et, enfin, la mort et le deuil. Ce dernier est un filigrane – comment vivre avec les souvenirs, les non-dits, les silences et les héritages. "J'adore les mélodrames", se languit l'autrice qui cite Pedro Almodovar parmi ses principales inspirations pour ce roman.

Pour la première fois, Kalindi Ramphul s'est permis l'incursion du fantastique dans Les Solitudes de Petite Rivière, une histoire de fantôme, même. "Je crois que c'est d'être à Maurice avec la richesse des croyances mauriciennes, la richesse des légendes mauriciennes, la richesse des histoires. Il y a une tradition orale très puissante à l'île Maurice et globalement dans ce côté-là de l'océan Indien", raconte celle qui consomme avidement du cinéma de genre et d'horreur depuis toujours.

Source : franceinfovoir l'article d'origine ↗

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