Valentine Vendôme : "La question des violences faites aux enfants est fondamentale pour la justice"
Pour son premier roman, la magistrate Valentine parle de ce qu'elle connaît. Le premier intérêt de Panthères est donc documentaire, au plus près d'une enquête criminelle. Mais c'est aussi un livre de combat et de réflexion sur la justice, et dont l'autrice se place sous le parrainage de Michel Houellebecq.
Elle se présente volontiers comme procureure le jour et écrivaine la nuit, sous pseudonyme : Valentine Vendôme (comme la place Vendôme, à Paris, où se trouve le ministère de la Justice).
Cette magistrate de terrain publie son premier roman, Panthères, dans lequel son personnage principal – une jeune substitut qui arpente les lieux d'un crime en escarpin Louboutin – lui ressemble beaucoup.
Voilà la jeune héroïne confrontée à un double crime dans la campagne de Seine-et-Marne : un enfant lardé de coups de couteau, et sa mère droguée avant qu'un poison ne lui soit injecté.
"Ces personnages sont rarement représentés dans la fiction. Je voulais que cela ressemble à la réalité de la magistrature : plutôt féminine et plutôt jeune."
Valentine Vendôme ne cache pas que "la question des violences faites aux enfants est cardinale et fondamentale", et avoue que "la justice avance parfois trop lentement". Quand on lui demande si, comme son personnage, on accomplit mieux son travail de magistrat lorsqu'on a quelque chose à réparer de son enfance, elle en est convaincue. "Le fait d'avoir une blessure rend un peu plus poreux à comprendre ce qui n'est pas dit, à le mettre en mot, ce qui est le rôle d'un magistrat du parquet."
Sur ces sujets de violences faites aux femmes et aux enfants, la magistrate écrivaine reprend le combat de l'actrice Adèle Haenel pour que toutes les vies soient vivables. "C'est au cœur de mon engagement de magistrate et au cœur du roman."
Le titre trouvé par Michel Houellebecq
Ces Panthères embarquent le lecteur par la rigueur documentaire, la représentation fidèle des enquêtes, et par l'humanité qui s'en dégage. L'enjeu central en est bien le continuum des violences intrafamiliales. "Je voulais qu'il y ait plusieurs portraits de personnes qui ont subi des violences, et chercher à savoir ce qu'elles deviennent : plutôt des panthères dangereuses, ou au contraire des panthères protectrices ?"
Le titre du livre a, par ailleurs, une histoire. "C'est Michel Houellebecq, raconte Valentine Vendôme, la clope au bec et mon manuscrit (complètement annoté) sous le bras, qui m'a dit : ce livre ne peut s'appeler que 'Panthères' au pluriel." Le prix Goncourt et l'écrivaine débutante s'étaient rencontrés quelques mois plus tôt ; ils ont beaucoup échangé. Un tel parrainage réjouit la magistrate qui, d'ores et déjà, porte le projet d'un second roman.
Source : franceinfo — voir l'article d'origine ↗