"Vivre avec la surveillance numérique en Chine", d'Ariane Ollier-Malaterre, aux éditions du CNRS.
Cette semaine, plongée dans la tête des Chinois qui vivent cernés par la surveillance mise en place par leur gouvernement.
Qu’est-ce que ça fait, concrètement, de vivre sous surveillance numérique permanente ? Pour le savoir, il faut lire cette enquête d'Ariane Ollier-Malaterre, professeure à l’université du Québec.
Cette exploration passionnante commence par un rappel de l’ampleur de cette surveillance : en Chine, l’État peut récupérer toutes les données collectées par les entreprises du numérique, que ce soit les applications de paiement ou les réseaux sociaux. Il connaît donc vos habitudes, vos relations.
Il dispose aussi de caméras de surveillance, un peu partout – c’est le réseau le plus dense au monde. Et ces données servent notamment à établir des listes de bons et de mauvais citoyens, les mauvais étant sanctionnés voir humiliés, quand leur photo est affichée dans l’espace public.
La pensée comme dernière vie privée
Évidemment, dans ce contexte, c’est difficile de savoir comment les Chinois vivent cette surveillance, d’où l’importance des quelques dizaines de témoignages qu’on trouve dans ce livre. Ariane Ollier-Malaterre raconte comment il a fallu gagner la confiance de ces habitants de Shanghaï, de Pékin et de la province du Sishuan.
Ces Chinois osent, pour certains, critiquer le système, comme un ouvrier en bâtiment, par exemple, qui considère que ses pensées sont aujourd’hui la seule vie privée qu’il lui reste. Mais ces critiques sont minoritaires. En fait, ce qui est sidérant, c’est que la plupart des participants reconnaissent des mérites à cette surveillance généralisée au nom de la grandeur de la Chine.
Être surveillé pour le bien de son pays
Ce sentiment repose d’abord sur un traumatisme national exploité par la propagande, traumatisme lié aux années 1990 et à l’entrée de la Chine dans l’économie de marché, qui avait provoqué une explosion des fraudes et de la corruption. La surveillance permettrait selon le gouvernement chinois d’assurer le redressement moral de la population pour "renouer avec 5.000 ans de civilisation ininterrompue".
À cela s’ajoute pour beaucoup le plaisir, la facilité d’une vie dématérialisée, quand tout peut être fait simplement avec son téléphone. Une maîtrise technologique présentée aussi comme une assurance de progrès et une fierté, une revanche après des décennies de domination occidentale.
Source : franceinfo — voir l'article d'origine ↗