PORTRAIT. Jefri Ibrahim, le prince-pilote qui veut faire entrer la Malaisie dans l'histoire des 24 Heures du Mans
Fils du roi de Malaisie, le pilote de 33 ans fait sa première apparition sur le circuit de la Sarthe, en catégorie LMGT3, après avoir fondé son écurie l'an passé. Avec le rêve, un jour, de gagner cette course mythique avec des compatriotes.
Il a troqué la couronne pour le casque. Jefri Ibrahim est le fils d'Ibrahim Ismail de Johor, sultan de l'un des treize Etats fédérés qui composent la Malaisie, et roi du pays depuis son élection fin 2023, pour cinq ans comme le veut la tradition. Mais au Mans, il est un pilote de LMGT3 (troisième catégorie) comme les autres, émerveillé par l'atmosphère du circuit de la Sarthe.
"Le simple fait d'être ici, dans cette ville, c'est un rêve qui se réalise, s'enthousiasme le pilote malais, engagé pour la première fois avec les Britanniques Lorcan Hanafin et Ben Green dans la Chevrolet Corvette n°2 de TF Sport. J'ai toujours vu des vidéos du Mans, mais elles ne rendent pas justice à ce lieu. On sent la passion et l'histoire qui s'en dégagent. Il suffit de regarder autour de soi pour voir qu'il n'y a que des fans purs et durs de sport automobile." Lui est passionné depuis toujours, mais ne s'est pleinement consacré à la course qu'en 2019, en créant l'écurie Johor Motorsport Racing.
D'abord adossée à la structure australienne Triple Eight pour participer au championnat de GT3 asiatique et aux Asian Le Mans Series, l'écurie malaise s'est lancée en solitaire, au début de l'année 2025, en passant un accord avec le constructeur Chevrolet pour rouler dans des Corvette Z06 GT3.R. "La plupart des membres de l'équipe actuelle étaient déjà avec moi quand nous étions chez Triple Eight, se félicite Jefri Ibrahim. Ils font partie du programme depuis mes débuts en compétition, c'est génial qu'ils m'accompagnent dans cette nouvelle aventure."
Les premiers frissons devant Kimi Räikkönen
Le polo demeure le sport favori de la famille monarchique de Johor, mais la course a aussi une place privilégiée dans son histoire. "Notre famille est passionnée par les voitures et le sport automobile depuis très longtemps, raconte le prince. Mon grand-père avait participé au premier Grand Prix de Johor à l'époque, au volant d'une Mercedes [en 1940]."
C'est sur le circuit international de Sepang, plus au nord, que le jeune prince a vécu ses premières émotions de sport automobile. Le 23 mars 2003, lors du Grand Prix de Malaisie de Formule 1, un jeune Kimi Räikkönen signe la première victoire de sa carrière. "A l'époque, je crois qu'il venait d'arriver chez McLaren [c'était le début de sa deuxième saison dans l'écurie britannique], se remémore Jefri Ibrahim, alors âgé de 10 ans. C'est mon premier souvenir de course, j'y avais assisté avec mon grand-père. Je pense que c'est là que ma passion est née. Voir toutes ces Formules 1, entendre leur bruit, c'était vraiment incroyable. C'était des V10 à l'époque, je n'oublierai jamais les frissons que j'ai eus à ce moment-là."
Depuis, les compétitions automobiles les plus prestigieuses ont quelque peu déserté la Malaisie. Le Moto GP se rend toujours chaque année à Sepang, mais le circuit n'accueille plus la Formule 1 depuis 2017, et se contente de compétitions régionales de Formule 4, de Grand Tourisme ou d'endurance.
Une aventure entre frères
Le prince a lancé la rénovation du circuit de Johor, fermé depuis 2017, pour y accueillir des courses internationales. A terme, il veut aussi créer une académie pour garnir les rangs de son écurie, "assez internationale" pour l'heure mais qui a vocation à devenir un tremplin pour les talents de son pays. "Nous recrutons petit à petit quelques Malaisiens supplémentaires, explique-t-il. Nous avons trois mécaniciens malaisiens, et quelques autres membres du personnel."
Jefri Ibrahim a déjà mis le pied à l'étrier à son petit frère, le prince Abu Bakar, de huit ans son cadet, qui fait désormais partie intégrante de Johor Motorsport Racing : "C'est moi qui l'ai initié à la course automobile, je l'ai encouragé et je l'ai aidé à se lancer parce qu'il adore ce sport. Il est là avec moi ce week-end." Les deux frères ont déjà couru ensemble dans plusieurs compétitions asiatiques et même aux 24 Heures de Spa, mais le cadet n'a pas encore l'expérience pour se frotter aux 24 Heures du Mans.
Au moment de formuler un vœu pour l'avenir, Jefri Ibrahim ne peut trancher entre "former un équipage entièrement malaisien aux côtés de mon frère" et "remporter Le Mans". Pour cette année en revanche, après une avant-dernière place en qualifications mercredi, "l'essentiel est de franchir la ligne d'arrivée", tempère le prince dans un sourire.
Source : franceinfo — voir l'article d'origine ↗