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Mort de Lyhanna : Tous les pédocriminels sont-ils "incurables", comme l'affirme Gérald Darmanin ?

La pédocriminalité n'est pas une maladie. Il n'est donc pas pertinent de parler d'"incurabilité", rappellent les psychiatres. Pour autant, la prévention et le suivi socio-judiciaire couplé à une injonction de soins permettent respectivement de diminuer les risques de passages à l'acte et de récidive.

Les pédocriminels "incurables" ? La mort de Lyhanna remet au cœur du débat la question de la pédocriminalité et de sa prise en charge par la justice. Jérôme Barella, le principal suspect dans cette affaire, était déjà visé par quatre procédures pour violences sexuelles sur mineures avant la disparition, fin mai, de la collégienne de 11 ans. L'homme de 41 ans n'avait cependant jamais été auditionné. Lors d'une émission consacrée à l'affaire Lyhanna sur BFMTV, lundi 8 juin, Gérald Darmanin s'est prononcé contre la réinsertion des pédocriminels, qu'il considère "incurables". Franceinfo démêle le Vrai du Faux.

Les propos du ministre de la Justice sont "faux", tranche d'emblée Walter Albardier, psychiatre au Centre ressources pour intervenants auprès d'auteurs de violences sexuelles (Criavs) d'Ile-de-France. "Pour prononcer le terme de curabilité, il faut une maladie. Le référentiel n'est donc pas le bon", abonde Laurent Layet, expert psychiatre auprès des tribunaux.

La pédocriminalité n'est en effet pas une maladie. Souvent confondue avec la pédophilie, la pédocriminalité désigne le passage à l'acte de violences sexuelles commises sur les mineurs. La pédophilie, elle, est reconnue comme un trouble psychiatrique et désigne les personnes attirées sexuellement par les enfants de façon durable. La psychiatrie parle dans ce cas de "déviance sexuelle", précise Laurent Layet.

Seuls "30 à 50%" des agresseurs atteints d'un trouble pédophilique

"La majorité des personnes sexuellement attirées par des enfants ne passent pas à l'acte", rappelle donc Walter Albardier. A l'inverse, "ceux qui passent à l'acte ne sont pas forcément sexuellement attirés par les enfants". Le rapport 2023 de la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles (Ciivise) relève que "parmi les agresseurs sexuels d'enfants, la proportion identifiée comme pédophiles oscille entre 30 et 50%".

Dans le cas des agresseurs incestueux, "la majorité (...) ne sont pas pédophiles au sens psychiatrique du terme", note par ailleurs la Ciivise. Il est alors question, dans ces agressions intrafamiliales, "du pouvoir, de la puissance, de la non-séparation des espaces et des corps", détaille le psychiatre Walter Albardier.

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L'attirance sexuelle envers les enfants n'est "ni nécessaire ni suffisante pour expliquer la violence sexuelle, quel que soit l'âge de la victime. La plupart des passages à l'acte sont l'expression de relations de pouvoir, de violence, de domination, ou encore – dans un autre registre – résultent du manque de repères, du manque de limites dans le rapport à l'autre, de l'immaturité", est-il rappelé sur le site du du dispositif "Stop", la ligne d'écoute pour les personnes pédophiles en demande de soins.

Parler de la "curabilité" des pédocriminels n'est donc pas pertinent, insiste Laurent Layet. Selon ce psychiatre, l'essentiel réside plutôt dans "l'évaluation de la dangerosité, du risque de récidive" des auteurs de violences sexuelles sur mineurs. Dans ce cadre, l'expert psychiatre détermine certains facteurs de risque "statiques", sur lesquels il est impossible d'influer : "le nombre d'incarcérations, les antécédents judiciaires, le sexe…" Il est cependant possible d'influer sur des facteurs "dynamiques" pour "diminuer le niveau de dangerosité" : "le niveau d'insertion sociale et professionnelle, les addictions, les troubles anxieux et dépressifs…"

Une prise en charge multiple pour diminuer le risque de récidive

Agir sur ces facteurs de risques passe par une prise en charge "médicale, psychologique, éducative, judiciaire, et, de façon générale, sociétale", détaille Walter Albardier. Le psychiatre précise par ailleurs que "l'arrestation et le jugement sont déjà un traitement social : 85% des pédocriminels arrêtés ne récidivent pas, car stoppés dans des dérives qu'ils ne valident souvent pas eux-mêmes". La Ciivise note cependant que le risque de récidive augmente au fil du temps chez les agresseurs "sans traitement". Dans le détail, "les pédocriminels agresseurs de garçons sont les plus à risque de récidive (35%) comparativement à ceux qui agressent des filles (16%) et aux pères incestueux (13%)".

D'où l'importance de l'injonction de soins imposée aux pédocriminels lors de leur condamnation. Cette prise en charge passe d'abord par une psychothérapie qui doit être "centrée sur le passage à l'acte et le mode opératoire, les étapes qui ont précédé le passage à l'acte, c'est-à-dire sans complaisance avec l'agresseur et en prenant en compte ses stratégies. La thérapie doit contribuer à cette mise en évidence, remonter le cheminement décisionnel et déconstruire les distorsions cognitives", estime la Ciivise.

La thérapie permet également de traiter d'éventuels traumatismes : environ "30 à 40% des agresseurs ont eux-mêmes été victimes de violences sexuelles dans leur enfance ou de violences physiques", précise le rapport de cette commission indépendante. Prendre en charge ces traumatismes "permet souvent d'éviter la récidive", relate Laurent Layet. Un traitement médicamenteux, notamment des antidépresseurs, peut également être prescrit. Car "le repli vers une sexualité envers les enfants peut se retrouver dans de grosses pathologies anxieuses et dépressives", décrit Walter Albardier.

Source : franceinfovoir l'article d'origine ↗

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