Festival TV de Monte-Carlo : « Jouer l’ambiguïté morale, c’est le pied », confie Dame Kristin Scott Thomas
À l’occasion de la remise de sa Nymphe de Cristal au Festival de Télévision de Monte-Carlo, Dame Kristin Scott Thomas a accepté de revenir pour « 20 Minutes » sur sa brillante et prolifique carrière sur le petit écran
La plus française des actrices britanniques ! Dame Kristin Scott Thomas va recevoir ce vendredi lors de la cérémonie d’ouverture du Festival de Télévision de Monte-Carlo des mains du Prince Albert II une Nymphe de Cristal. Une récompense qui vient couronner une carrière télévisuelle marquée notamment par le carton mondial de Slow Horses. Un tournant pour celle qui vient aussi de passer pour la première fois derrière la caméra avec My Mother’s Wedding.
De sa voix posée et directe, l’actrice a accepté de revenir pour 20 Minutes sur son parcours des deux côtés de la Manche, sur les rôles qui l’ont définie et sur ce que le métier lui a encore à offrir.
Que représente cette Nymphe de Cristal pour vous à ce moment de votre carrière ?
Je suis heureuse parce que ça fait toujours plaisir et le Festival de Monte-Carlo est un festival très respecté dans le monde de la télévision. Je me souviens y être venue il y a très, très longtemps – des décennies ont passé depuis ma dernière visite. Déjà à l’époque, c’était une célébration de la meilleure télévision qui se produisait en Europe. J’y avais participé avec grande fierté !
Vous avez construit une grande partie de votre vie entre la France et le Royaume-Uni…
Plutôt en France, je dois dire, parce que j’ai passé presque 40 ans à Paris. J’ai élevé mes enfants ici, j’ai vraiment vécu comme une Française pendant très longtemps, et je faisais des petits sauts de puces pour aller travailler en Angleterre. À mes débuts, c’était beaucoup de télévision là-bas. Et puis le cinéma m’a happée, et le théâtre. Je n’ai pas refait de télévision avant Fleabag, dans lequel j’apparais pendant deux minutes – et puis Slow Horses, un ovni qui a pris le monde par surprise, très apprécié partout.
Vous notez des différences dans la façon de travailler des deux côtés de la Manche ?
C’est très différent sans être vraiment différent. Ce que je fais en France, ce sont de tout petits films avec très peu de budget. Ce que je fais en Angleterre, ce sont d’énormes productions anglo-américaines. J’adore travailler en France au cinéma – travailler en petite équipe, sur des films intimistes, raconter des histoires de gens, de famille, de sentiments. Quand je fais de la télévision en Angleterre, je sais que ça va être de la plus haute qualité. La télévision française est devenue extrêmement peaufinée aussi, mais pendant longtemps ce n’était pas le cas – à l’exception des émissions culturelles, qui étaient fantastiques. Maintenant, il n’y en a plus tellement, et c’est une perte terrible. Écouter les autres parler, si on les choisit bien, c’est très inspirant. Ça me manque vraiment.
« Le Patient Anglais » vous a valu une nomination aux Oscars, que représente-t-il trente ans après ?
Le film est magnifique. Je suis vraiment honorée d’être dedans – avec Juliette Binoche, Ralph Fiennes et Willem Dafoe – avec Anthony Minghella comme capitaine et le merveilleux Saul Zaentz comme producteur. C’est vraiment un de ces moments de grâce qu’on vit peut-être deux ou trois fois dans sa carrière. Ce film a touché des millions de gens, il reste émouvant, lyrique, sublime. Chaque fois que j’entends la musique, je pleure.
Votre scène sur la ménopause dans « Fleabag » est devenue virale dans le monde entier. Vous vous attendiez à ça ?
Non, je n’aurais jamais pu imaginer qu’une scène aurait pu atteindre autant de personnes partout dans le monde. C’était très impressionnant. Cette scène a fait du buzz parce qu’elle parlait d’un sujet important.
C’est en train de changer, mais est-ce que ça va changer assez ? Je ne sais pas et je crains que non. Mais il y a des rôles plus intéressants pour les femmes maintenant, des interprétations permises aujourd’hui et qui ne l’étaient pas avant. Regardez Kate Winslet qui accepte de se laisser enlaidir pour un rôle – il y a vingt ans, on n’aurait jamais pu faire ça. Ce n’est pas pour le plaisir de s’enlaidir, c’est pour rendre une histoire plus vraie, plus identifiable pour la plupart d’entre nous qui ne sont pas aussi jolies qu’elle.
En 2024, seulement 11 % des grands films hollywoodiens étaient réalisés par des femmes. Qu’est-ce qui bloque encore ?
Je ne sais pas exactement. Mais ce chiffre n’est pas isolé, dans la médecine, à peine 4 % des recherches portent sur des problèmes liés aux femmes, alors qu’on représente la moitié de la population. C’est partout ! Ça ne va pas changer en une décennie – c’est petit à petit, qu’on va grimper. Ces chiffres sont choquants. Et en même temps, on voit des films superbes réalisés par des femmes qui rencontrent un succès mondial. Ce n’est pas parce qu’on est femme qu’on ne sait pas faire des films – c’est plutôt le contraire. En France, on a beaucoup de réalisatrices extraordinaires.
Qu’est-ce que passer derrière la caméra avec « My Mother’s Wedding » vous a appris ?
J’ai une admiration bien plus grande pour les acteurs qu’avant. Parce que quand on est actrice engagée par quelqu’un d’autre, on ne voit que jusqu’au bout de son nez. Là, j’ai vu un grand panorama de tout ce qu’il faut pour être une bonne comédienne. Il faut être courageuse, à l’heure, créative, généreuse et avoir une santé d’enfer. Il faut beaucoup de courage pour se planter, pour se rendre ridicule, pour essayer des choses dont on n’est pas à l’origine.
Source : 20 Minutes — voir l'article d'origine ↗