"Le plus beau bureau du monde" : le "tire-bouchon", le train mythique de Quiberon, reprend du service pour l'été
Chaque été, plus de 170 000 voyageurs empruntent le "tire-bouchon" entre Auray et Quiberon. Cette ligne emblématique, qui traverse des paysages uniques, passe cette année au biocarburant avant une vaste modernisation.
Dans cette vieille locomotive qui circule à faible vitesse, Yann Lernée, conducteur de travaux à la SNCF, vérifie que tout va bien sur les 28 kilomètres de rails entre Auray et Quiberon. Cette ligne remise, comme chaque année, en service samedi 13 juin, emmène les vacanciers sur la presqu'île de Quiberon depuis plus de 40 ans. Plus de 170 000 usagers empruntent chaque été ce train mythique surnommé "le tire-bouchon", allusion aux embouteillages qu'il permet d'éviter.
Les barrières sont bien abaissées au premier passage à niveau. Nous passons devant les voitures arrêtées. La ligne traverse d'abord une forêt où un chevreuil guette le passage du train. "Tous les ans, il est là au même moment", assure Yann Lernée. Toutes les lignes ne sont pas si jolies, celle-ci est mythique. Les gens qu'on croise sont heureux de prendre ce train, synonyme de plage et de soleil. "C'est un privilège de travailler sur cette ligne."
Passage par l'isthme de Penthièvre
En sortant de la forêt, la plage devient visible. "En quittant le continent, on arrive sur la presqu'île et les endroits mythiques", reprend Yann Lernée. Alors qu'un lièvre semble attendre le passage du train, l'isthme de Penthièvre devient de plus en plus perceptible. C'est en quelque sorte le véritable clou de ce spectacle, avec la plage présente des deux côtés de la ligne de chemin de fer. Pour les cheminots, cette ligne, c'est, selon Denis Deleris, directeur régional adjoint chez SNCF Réseau, "le plus beau bureau du monde à ciel ouvert".
Il a fallu des semaines de travail pour préparer la ligne ferroviaire, souligne Denis Deleris. "Pendant cette période d'hibernation, lorsque la ligne n’est pas en activité, la nature reprend ses droits, explique-t-il. Sur la presqu'île, la nature peut être parfois difficile."
"Au mois de mars, une trentaine d'agents de SNCF Réseau vont se relayer tous les jours pour réveiller la ligne. Ils vont débroussailler l'équivalent de dix terrains de foot. On retire aussi 30 mètres cubes de sable. Avec ça, on pourrait faire à peu près un millier de châteaux de sable."
Les agents de la SNCF ont aussi décalaminé environ un kilomètre de rail. "On enlève la rouille du rail avec une petite brosse métallique qui tourne et que l'on pousse à la main, souligne ce spécialiste. Les voies rouillent à une vitesse que vous ne pouvez même pas imaginer. Quand vous êtes à l'isthme, entre les embruns, le sable et les éléments naturels, sans décalaminage, la ligne ne serait pas franchissable."
Le "tire-bouchon" permet, comme son surnom l'indique, de désengorger la presqu'île de Quiberon. La commune située tout au bout de la presqu'île voit sa population multipliée par dix l'été. Elle sert aussi de point de départ vers Belle-Île. La côte sauvage est également un haut lieu touristique. Comptez jusqu’à deux heures d’embouteillages, l’été, sur la route qui relie la presqu’île au continent. Ce train, avec ses dix allers-retours quotidiens et ses 173 000 passagers transportés, ne fait pas que passer par des endroits magnifiques : il permet aussi de désengorger un peu la route.
Des investissements conséquents
Cette vieille ligne de train n’est pas encore électrifiée. Et si les trains roulaient jusqu'à présent au diesel, cette année 2026, ils passent au biocarburant. "Nous allons utiliser un biocarburant à base de colza, du B100, certifié d'origine française, note Michaël Quernez, vice-président du conseil régional de Bretagne. Nous allons être la première région en France à utiliser le B100 comme source d’avitaillement pour l’ensemble de ses trains thermiques. D'autres lignes vont bénéficier de ce carburant à partir de Quimper, de Carhaix et de Saint-Brieuc, ce qui va nous permettre de décarboner à hauteur de 60%, ce n’est pas rien. Sur une année pleine, cela représente un surcoût de 600 000 euros pour une réduction de 60% des émissions de gaz à effet de serre."
Le tire-bouchon va rouler entre Auray et Quiberon jusqu'en septembre, puis la ligne fera l'objet de 55 millions de travaux de modernisation.
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Source : franceinfo — voir l'article d'origine ↗