En jouant à Pokémon Go, vous avez peut-être aidé à entraîner des drones militaires
Selon une enquête publiée le 5 juin 2026 par le média néerlandais Trouw, les scans réalisés dans Pokémon Go auraient contribué à entraîner une technologie de navigation sans GPS, susceptible d’être utilisée par des drones militaires.
Après avoir été au cœur d’une sombre rumeur sur l’île de Jeffrey Epstein, Pokémon Go se retrouve de nouveau dans la tourmente. Selon une enquête publiée le 5 juin 2026 par le média néerlandais Trouw, les données du jeu auraient servi à entraîner une technologie de navigation potentiellement utilisée par des drones militaires.
Pour rappel, Pokémon Go, sorti en 2016, repose sur un principe simple : se déplacer dans le monde réel pour attraper de petits monstres virtuels avec son téléphone, via la réalité augmentée. La carte affichée correspond à la position réelle du joueur, avec ses rues et ses bâtiments stylisés.
Niantic collabore avec une société de défense
Cette histoire ne sort pas de nulle part. Dans le jeu, il existe des PokéStops : des lieux physiques — bâtiments, œuvres d’art, panneaux — qui permettent d’obtenir des objets en jeu, comme des Poké Balls, des potions ou encore des œufs. Il suffit de s’y rendre et de faire tourner un disque à l’écran pour les récupérer.
Depuis quelques années, Niantic incite aussi les joueurs à filmer ces lieux et leurs alentours via une fonction de « scan » optionnelle, présentée comme un moyen « d’améliorer la carte » et qui donne droit à des récompenses supplémentaires en jeu. Ces séquences, capturées autour des PokéStops et d’autres points d’intérêt, ont été agrégées pendant près de dix ans pour constituer une base d’environ 30 milliards d’images du monde réel.
À partir de cette matière, Niantic a d’abord entraîné un système de « visual positioning » : une IA capable de se repérer en comparant ce que voit une caméra à une carte 3D très détaillée, y compris sans GPS. En mai 2025, cette activité a été détachée dans une entité dédiée, Niantic Spatial, chargée de transformer ce savoir‑faire en produit commercial.
La technologie a rapidement trouvé un débouché concret avec un partenariat noué avec Coco Robotics, une start‑up qui exploite déjà près d’un millier de robots pour livrer pizzas et courses dans plusieurs villes des États‑Unis. En clair : les mêmes scans réalisés pendant des parties de Pokémon Go servent désormais à guider des robots livreurs sur les trottoirs américains.
Mais cette histoire de robots livreurs et de pizzas n’est qu’une face de la médaille. La même brique de Visual Positioning System, entraînée à l’origine sur des données issues du jeu, intéresse aussi des acteurs travaillant sur des drones ou des robots opérant dans des zones où le GPS est brouillé ou peu fiable.
Car le visual positionning (VPS) permet de s’orienter dans la rue grâce à une caméra. Deux points de reconnaissance de quelques pixels suffisent à déterminer une position, en comparant l’image en temps réel à un modèle 3D très dense du monde réel. C’est une alternative idéale au GPS classique dans les zones où le signal satellite est faible ou volontairement brouillé — signal dont dépend précisément le GPS.
Et les drones militaires dans tout ça ? Comme le souligne l’enquête, Niantic Spatial collabore avec la société américaine Vantor, spécialisée dans l’intelligence spatiale pour des applications de défense. Vantor ne construit pas elle‑même les drones, mais fournit un logiciel de navigation qui s’installe sur des appareils existants, pour leur permettre de se repérer et d’extraire des coordonnées au sol même quand le GPS est inutilisable.
Source : Numerama — voir l'article d'origine ↗