REPORTAGE. "On doit être la ville la plus sécurisée du monde" : en plein G7, Evian se retrouve désertée le temps du sommet
Touristes et habitants se faisaient rares, lundi, dans les rues de la cité thermale choisie par Emmanuel Macron pour recevoir la rencontre annuelle du Groupe des sept. Les commerçants redoutent un manque à gagner difficile à compenser.
"A part des journalistes et des policiers, il n'y a vraiment pas grand monde." Assise à la terrasse d'un restaurant d'Evian-les-Bains (Haute-Savoie), Mélanie observe les rares passants qui s'aventurent rue Nationale, lundi 15 juin. "Je crois que je n'ai jamais vu la ville si vide", poursuit la mère de famille, attablée avec son ami Sébastien et leurs enfants.
Depuis cinq jours, la commune bordée par le lac Léman est sous cloche. En cause, le sommet du G7, qui s'est ouvert lundi matin à l'Evian Resort, luxueux complexe hôtelier de la ville thermale. Une quinzaine de dirigeants sont attendus pendant cette rencontre de trois jours, y compris le président américain, Donald Trump, son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky, et plusieurs chefs d'Etat du Moyen-Orient, venus discuter de l'accord de paix tout juste trouvé entre Washington et l'Iran.
Sommet du G7 : Volodymyr Zelensky est arrivé au G7 pour une journée consacrée à la guerre en Ukraine
Pour assurer leur sécurité, l'Etat et la préfecture de Haute-Savoie ont déployé un dispositif XXL, qui s'étend jusqu'à la Suisse voisine. Dans les gares de Bons-en-Chablais ou de Thonon-les-Bains, des équipes cynophiles procèdent à des contrôles inopinés. Celle d'Evian, elle, est fermée depuis jeudi 11 juin et jusqu'à la fin du sommet. Une centaine de démineurs sont mobilisés, des vedettes patrouillent en continu sur le lac Léman, dont une portion a été interdite à la navigation, et la police montée passe régulièrement sur la rive.
Sur chaque route menant à Evian, les forces de l'ordre vérifient si véhicules et piétons disposent du pass nécessaire pour pénétrer dans la "zone bleue", à la sécurité renforcée. N'ayant pas le précieux sésame, une voiture doit faire demi-tour à l'entrée de la ville. "Ici, les contrôles sont rapides. Mais dans la zone rouge, ce n'est pas la même histoire", glisse Anna*, une employée de l'hôtel Royal croisée au volant d'un autre véhicule. C'est dans ce palace surplombant Evian, au cœur d'un périmètre de sécurité encore plus drastique, que les dirigeants sont accueillis durant le sommet. "Tous les véhicules qui y rentrent sont contrôlés, puis escortés par la police", explique Anna.
"Comme des vacances sous surveillance constante"
"Les enfants sont contents de voir les hélicoptères et les chevaux, mais c'est quand même un peu anxiogène pour eux", estime Mélanie, qui profite de sa journée de repos hebdomadaire pour déjeuner en terrasse. A côté d'elle, ses deux fils jouent avec des pistolets à eau, ignorant leurs pâtes qui refroidissent. Comme les élèves de plusieurs écoles situées en zone rouge, ils sont privés de classe durant une semaine. Mélanie et son conjoint ont dû s'organiser. "Le matin, on se relaie pour leurs deux heures de devoirs. L'école leur a donné un programme à suivre : français, maths et lecture." Dans l'après-midi, elle les emmène à la piscine, "pour les occuper". Et mardi ? "Mon conjoint a posé sa journée pour les garder", précise Mélanie.
Devant l'embarcadère d'Evian, quatre adolescents s'abritent du soleil, eux aussi désœuvrés. "On n'a pas cours parce que notre collège est en zone rouge ! C'est comme des vacances, mais sous surveillance constante", s'amuse l'un d'entre eux, en montrant les deux gendarmes stationnés devant le bâtiment. "On doit être la ville la plus sécurisée au monde !"
Face au dispositif, les Evianais ont eu "trois réactions", constate leur maire, Josiane Lei (sans étiquette). Il y a "les sereins", qui "se souviennent du sommet de 2003, très calme". "Ceux qui s'inquiètent" d'une potentielle menace terroriste, dans un contexte de conflits internationaux. Et puis il y a "ceux qui rouspètent parce qu'il faut changer ses habitudes, aller jusqu'à Thonon pour prendre le train, ou Lugrin pour le bateau". Comme ce Suisse croisé lundi matin devant l'embarcadère fermé, dépité de découvrir la suspension des liaisons avec Lausanne. "Personne ne nous a prévenus en Suisse ! Cette organisation est naze !", maugrée-t-il en s'éloignant.
Ce mécontent est l'une des rares personnes que l'on peut croiser sur la rive du lac Léman, lundi matin. Certes, il s'agit d'un jour travaillé, hors période de vacances scolaires. Mais habituellement, "il y a déjà des touristes, notamment venus pour les cures", note Mélanie. En ce premier jour de sommet, presque tous les visiteurs que l'on croise dans la ville ont une accréditation G7 qui se balance autour du cou.
"Fermeture exceptionnelle, cause G7"
Comme les touristes, les Evianais se font rares. Redoutant embouteillages et barrages routiers, une partie des habitants a préféré partir quelques jours. "Il y a aussi ceux qui ne sont pas encore arrivés : les propriétaires d'une résidence secondaire, qui ont pour la plupart décalé leur venue", affirme Gilles Nottez, gérant d'un tabac-presse sur les quais, pointant "les nombreux volets fermés" sur les façades des bâtiments.
Source : franceinfo — voir l'article d'origine ↗