REPORTAGE. Les premiers visiteurs découvrent l'intérieur de "La Caverne" du Pont-Neuf de JR
L'œuvre de JR, imaginée en hommage à Christo et Jeanne-Claude, a finalement ouvert lundi soir. Elle sera accessible gratuitement jusqu'au 28 juin.
Téléphones en main, ils sont les premiers à arpenter La Caverne du Pont-Neuf. Courtes vidéos, selfies, tout est bon pour annoncer que, cette fois, ça y est, on est à l'intérieur ! "On attendait vraiment qu'elle ouvre", raconte un de ces explorateurs qui se sent privilégié. "J'ai vu sur Instagram tout à coup qu'on pouvait y aller, on a foncé. C'est super, il n'y a pas grand monde encore !".
Retardée, déchirée, reprisée, La Caverne a donc finalement ouvert ses portes lundi 15 juin, à 18h, presque par surprise. La toile endommagée par les intempéries a désormais une cicatrice. Devant les journalistes convoqués à l'improviste, JR sourit : "En fait, on était prêts et on avait juste hâte d'ouvrir." Mais qu'y a t-il vraiment derrière cette entrée aux airs d'attraction de fête foraine ?
Ce qui frappe d'abord, c'est le travail impressionnant réalisé sur la toile intérieure. Voûtes, piliers, draperies se dessinent avec précision. L'absence de structures de soutènement renforce l'impression de marcher effectivement à l'intérieur d'une caverne, même si au sol, les pavés et les lignes blanches du Pont-Neuf sont toujours là.
Dans ce boyau organique souffle le vent de Thomas Bangalter. "C'est un son continu et très minimal", précise l'ex-Daft-Punk, une étoffe sonore synthétique en hommage à la toile de polyamide utilisée par Christo et Jeanne-Claude." Un son 100% analogique, insiste le musicien, qui ne voulait pas utiliser d'ordinateur mais des savoir-faire "artisanaux, réels et tangibles". Indéniablement, le résultat, diffusé par quarante enceintes disséminées derrière la toile, donne de la profondeur à l'illusion. On imagine par moment des tunnels cachés ou une lointaine rivière souterraine.
Premières réactions
"Je ne suis pas déçu, c'est hyper impressionnant, commente Raphaël, conquis. Le travail d'impression du trompe-l'œil à 360 degrés est incroyable. Une sacrée expérience, très immersive." La diffusion d'une odeur, un peu synthétique, d'humus et de terre mouillée vient augmenter l'expérience. Un QR code à scanner sur son téléphone fait apparaître chauve-souris ou ombres sur les murs. C'est loin d'être le plus réussi. "Mais c'est clairement plus joli à l'intérieur qu'à l'extérieur", commente perfidement un visiteur âgé. Camille, la vingtaine, reste perplexe : "J'avoue qu'il faut qu'on se renseigne sur la démarche artistique. Ça interpelle, on a envie d'en savoir plus. Pourquoi une caverne ? Pour opposer le milieu naturel au milieu urbain ?". "Plutôt pour nous rappeler les origines du pont, la pierre, avance un autre visiteur. Elle venait d'une carrière de l'Oise, je crois ?".
Des "médiateurs artistiques" sont là pour décrypter l'œuvre et la symbolique de la caverne de Platon. Mais JR, lui-même, en convient : l'essentiel n'est pas le concept, mais que les gens s'emparent de son travail. "C'est une aventure sensorielle que chacun vivra à sa façon. C'est là que l'œuvre m'échappe." Les questionnements des visiteurs, leur plaisir à en parler, prouvent que de ce point de vue, La Caverne est plutôt réussie. Voilà le véritable hommage au travail de Christo et Jeanne-Claude. Exactement comme leurs œuvres, La Caverne de JR restera finalement en place pendant 14 jours.
Source : franceinfo — voir l'article d'origine ↗