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EN IMAGES. « C’est à qui le tour »… Que raconte le très symbolique dernier clip de Mylène Farmer

Jeudi, le clip de « C’est à qui le tour », la nouvelle chanson de Mylène Farmer, réalisé par Julia Ducournau, a été mis en ligne. « 20 Minutes » y a décelé plusieurs références et s’est amusé à tenter d’interpréter les symboles

«Merci au jury de laisser rentrer les monstres », avait déclaré Julia Ducournau en 2021 après avoir reçu la Palme d’or pour Titane, un film de genre audacieux, teinté de « body horror ». Dans ce jury se trouvait Mylène Farmer qui a sans doute été sensible à cette proposition de cinéma subversive, elle qui, dans ses clips (Beyond My Control, L’Âme Stram Gram, City of Love…), a incarné des créatures fantastiques, vampiriques, extraterrestres, et a multiplié les références à la littérature de l’étrange, à commencer par Edgar Allan Poe, dans ses textes. Il semble donc logique que, cinq ans après cette rencontre au Festival de Cannes, la chanteuse ait sollicité la cinéaste pour tourner le clip de C’est à qui le tour.

Le clip s’ouvre dans une ambiance anxiogène. Il fait nuit, Mylène Farmer marche seule, une clé coincée entre les doigts, un symbole d’autodéfense. Ce geste réflexe est commun à de nombreuses femmes sur le qui-vive…

L’angoisse ne se dissipe pas : Mylène Farmer s’apprête à entrer dans un tunnel (rue Watt, dans le 13e arrondissement de Paris). La caméra bascule, renforçant une sensation d’étrangeté.

Sur son chemin, elle croise des passants qui s’effondrent au sol, ciblés par des balles tirées par des assaillants invisibles. Seules les détonations sont audibles. Les corps chutent dans l’indifférence générale.

Une métaphore explicite de la violence du monde, qui n’épargne personne, pas même Mylène Farmer. Elle est visée, chute, tombe, mais se relève et poursuit sa route vaille que vaille. Faisant face à l’adversité.

Elle entre alors dans une boîte de nuit où s’expriment l’amour et la sensualité. Mylène Farmer y est comme une exploratrice. On peut y voir une référence au clip de Que mon cœur lâche (1992), dans lequel elle incarnait un ange innocent entrant dans le club Q pour illustrer cette chanson évoquant la sexualité au temps des « années sida ». « La danse des corps, l’amour à mort […] La peur s’abat sur nos ébats. Toi entre nous, caoutchouc, tu t’insinues dans nos amours », chantait-elle alors.

«Là, le sexe est mort, le sexe a tort, sexy dort, c’est à vous rendre fous », chante aujourd’hui Mylène Farmer dans C’est à qui le tour. Dans cette boîte de nuit, les couples, homos ou hétéros, et même des trouples, s’embrassent. La scène se déroule dans un club queer où les orientations sexuelles et identités de genre se mêlent. C’est un « safe space », un lieu à l’écart de la brutalité extérieure qui fait écho aux paroles de la chanson : « Peur de tout, alors, on se met où ? » Mais dans ce refuge, les baisers sont comme floutés, les visages se brouillent, se déforment. Une vision angoissante renvoyant à l’œuvre de Francis Bacon, qu’apprécie Mylène Farmer, sur le trouble existentiel.

Un couple s’embrasse, recouvert d’un voile noir. Une référence directe à la toile Les Amants I peinte par René Magritte en 1928. L’image, surréaliste, ouvre à diverses interprétations : l’amour se vivant caché, l’intimité au milieu de la foule, mais aussi la dimension funèbre comme s’il y avait un deuil à porter.

Mylène Farmer entre dans des toilettes que l’on peut interpréter comme son espace mental : elle n’y est pas seule, mais elle y croise ses avatars. L’artiste à l’habitude de jouer avec ses doubles dans sa clipographie : la marionnette de Sans contrefaçon (1987) la jumelle de L’Âme stram gram (1999)… Ici, on pense surtout à la vidéo de California (1996), dans laquelle une femme bourgeoise incarnée par Mylène Farmer se reconnaît dans une prostituée de Hollywood Boulevard. La travailleuse du sexe est assassinée, la femme « du monde » se rend alors dans des toilettes pour se changer, prendre la place de son döppelganger, et la venger…

Face au miroir, Mylène Farmer est confrontée au reflet de l’une de ses incarnations iconiques : Libertine (1986). Cette figure androgyne, inspirée du chevalier d’Eon, a marqué le début de carrière de la star et la mémoire collective. Elle représente la liberté sexuelle, mais pas seulement : Libertine est un personnage fort faisant fi des conventions, des injonctions. C’est un symbole d’émancipation.

Un micro sur un pied devant un rideau rouge. Cela pourrait être une référence au Club Silencio du Mulholland Drive de David Lynch, réalisateur décédé en 2025 et dont Mylène Farmer était l’amie. On comprend que c’est sur cette scène que la star va chanter et on a la confirmation que c’est la Mylène Farmer dans son statut d’autrice, compositrice et interprète dont il est question dans ce clip.

Source : 20 Minutesvoir l'article d'origine ↗

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