Coupe du monde 2026 : comment la Norvège est enfin devenue une équipe qui compte sur la scène internationale
En se qualifiant pour son premier Mondial depuis vingt-huit ans, la sélection norvégienne est passée de l'éternelle absente à l'outsider redouté.
Lorsque le tirage au sort de la phase de groupes du Mondial a placé la Norvège aux côtés de la France, du Sénégal et d’un barragiste intercontinental, le groupe I est automatiquement devenu le "groupe de la mort". Personne ne voulait tomber sur la meilleure équipe des qualifications européennes. Huit victoires en huit matchs, plus de quatre buts inscrits en moyenne par rencontre et un cinglant 7-1 cumulé contre l'Italie ont fait de la Norvège l'un des épouvantails du tirage. Un statut inédit pour ce pays plus habitué à briller dans les sports d'hiver, absent des Coupes du monde depuis 1998 et n'ayant jamais dépassé les huitièmes de finale.
Avant le tournoi, les bookmakers ont même fait de la Norvège la 9e équipe la plus susceptible de soulever le trophée, devant la Belgique, derrière les Pays-Bas. Le sélectionneur du Sénégal, Pape Thiaw, a même avancé début avril qu'il la considérait comme "la meilleure équipe européenne en ce moment". "Tout le monde sera profondément déçu si la Norvège est éliminée dès la phase de groupes même si nous avons été tirés au sort dans un groupe extrêmement difficile", confirme le journaliste norvégien Mats Arntzen à franceinfo: sport.
Une révolution structurelle qui porte ses fruits
Face à la montée des superlatifs et des éloges, Ståle Solbakken, le guide de l'équipe nationale depuis 2020, a tenté de tempérer les choses : "Vous vous adressez à moi comme si on était un pays qui avait gagné la Coupe du monde, mais nous n'avons plus joué le tournoi depuis l'âge de pierre. Vous nous comparez à l'Allemagne, à l'Espagne, je vous remercie, mais bon..."
En Norvège, on a ce dicton qui dit qu’il ne faut pas se prendre pour quelqu’un d’exceptionnel — c’est ce qu’on appelle la « loi de Jante ». Si la Norvège atteint les huitièmes de finale, je pense que la plupart des gens seront plutôt satisfaits. Tout résultat au-delà de cela devra être considéré comme un immense succès."
Lui-même protagoniste, sur le terrain, de la dernière participation norvégienne au Mondial, avec un succès en phase de groupes contre le futur finaliste brésilien (2-1), l'entraîneur de 58 ans est un homme patient. Il récolte les fruits d'une réforme tactique qu'il a lui-même initiée plusieurs années en amont. Résumer l'ascension norvégienne à celle de ses deux stars Erling Haaland et Martin Odegaard serait réducteur. Du genre précoce, les deux hommes étaient internationaux avant l'arrivée de Solbakken à la tête de la sélection (Odegaard depuis 2014, Haaland depuis 2019). Leur présence n'a pas empêché les qualifications ratées pour les deux Euro de 2021 et 2024, ainsi que pour le Mondial 2022.
Tore André Flo, ancienne légende de l'attaque norvégienne, voit "les excellents résultats davantage comme une œuvre collective qu'un récital individuel". La sélection compte un grand nombre de talents confirmés dans les meilleurs championnats d'Europe et arrivés à maturité (entre 25 et 28 ans - comme Haaland et Odegaard) au bon moment. Au milieu, Sander Berge est une clé de voûte en forme de valeur sûre. Dans le secteur offensif, quelques espoirs suivent une courbe de croissance cohérente comme Oscar Bobb (22 ans), Antonio Nusa (21 ans) et Andreas Schjelderup (21 ans).
L'archétype du joueur norvégien a changé du tout au tout
Les profils des internationaux norvégiens ont complètement changé par rapport aux années 1990 et 2000. Connue pour son style défensif et ses joueurs au gabarit imposant, la sélection s'est adaptée au football moderne avec une défense haute, du pressing et de la créativité dans l'entrejeu. Fini les longs ballons sur les attaquants d'1m90, même si Erling Haaland et Alexander Sørloth ne sont pas loin des deux mètres. "Nous avons cassé des codes et nous sommes devenus de meilleurs joueurs individuellement, a rapporté Erling Haaland en novembre dernier. C'est important de se pincer, pour la petite nation que nous sommes. J'ai le sentiment que c'est le début de quelque chose de grand".
La transition n'a pas été linéaire et sans contretemps. En Norvège, Ståle Solbakken a vécu plusieurs périodes de turbulences. Lorsqu'il a échoué à qualifier la sélection pour l'Euro-2024, un débat s'est installé et le nom d'une autre figure du football norvégien, Ole Gunnar Solskjaer, a été évoqué pour le remplacer. "Si la question se pose, lorsque Ståle (Solbakken) décidera de ne pas continuer, je serais heureux d'entamer une conversation", s'était même avancé l'ancien attaquant de Manchester United lors de l'Oslo Business Forum. S'il a finalement gardé son rôle, Ståle Solbakken a fait savoir qu'il se projetterait sur "autre chose" après le Mondial-2026.
L'ex-international aux 58 sélections n'est pas le seul architecte de la croissance du football norvégien. La Fédération norvégienne a opéré une révolution structurelle au milieu des années 2010. Elle a multiplié les terrains synthétiques à travers un pays particulièrement vulnérable aux aléas climatiques. "Quand j'étais jeune, le football était mis sur pause pratiquement cinq mois par an à cause de la météo", insiste Tore André Flo au média belge L'Avenir. Beaucoup d'argent a été investi pour développer la pratique du football chez les jeunes à travers le "Landslagsskolen", le grand système norvégien de détection et de développement des jeunes talents.
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