Arrêt de Claude Fable 5 et Mythos : l’ombre de la Chine derrière le coup de pression de Washington
Derrière le blocage soudain de Claude Fable 5 par Washington se cachent des révélations explosives. Entre soupçons d’espionnage chinois, alerte secrète lancée par le PDG d'Amazon et failles de sécurité à répétition, les coulisses de l'affaire ébranlent la crédibilité d'Anthropic.
Des raisons de sécurité nationale. Voilà la justification qui a accompagné la décision de Washington d’ordonner à Anthropic, la société derrière le chatbot Claude, de couper l’accès à ses deux modèles d’intelligence artificielle les plus récents : Fable 5 et Mythos 5. Et cela, à peine quelques jours après leur officialisation par l’entreprise.
Depuis, l’incertitude règne sur le devenir de ces deux puissants modèles d’IA. Un article du site Semafor, publié le 13 juin 2026, apporte toutefois un éclairage nouveau sur les motivations profondes de la Maison-Blanche à réguler très fortement Fable 5 et Mythos 5. Un groupe lié au gouvernement chinois aurait réussi à se dégager un accès à Mythos.
Si c’est exact, l’enjeu dépasse le simple espionnage industriel pour les États-Unis.
Si un groupe lié à Pékin a bel et bien mis la main sur Mythos, qui est le système d’IA le plus avancé d’Anthropic, le risque majeur réside dans la « distillation », une méthode avancée de rétro-ingénierie. En clair, des spécialistes chinois pourraient utiliser les réponses sophistiquées de Mythos pour entraîner, à moindre coût et à vitesse grand V, un modèle élève aux capacités presque identiques.
Or, pour l’administration Trump, il n’est pas concevable de laisser un rival systémique tel que la Chine cloner le nec plus ultra du savoir-faire des USA en matière d’intelligence artificielle. L’Amérique s’efforce en effet de limiter la faculté de l’Empire du Milieu à combler le gap qui existe encore entre les deux États sur cette technologie duale – c’est-à-dire qui peut servir à la fois sur les plans civil et militaire.
Le coup de théâtre venu d’Amazon
C’est dans ce contexte stratégique et géopolitique que les informations de Semafor se placent. Or, contre toute attente, ce ne sont pas les services de renseignement américains qui auraient levé le lièvre, mais un allié de poids d’Anthropic : Andy Jassy, le PDG d’Amazon et pourtant le principal soutien financier de la start-up.
L’intéressé aurait personnellement contacté la Maison-Blanche pour l’alerter sur une vulnérabilité critique permettant de faire sauter les verrous de sécurité de Fable 5. Cela, alors même qu’il était déjà annoncé comme moins puissant que Mythos et Mythos 5, et encadré par des règles prévoyant, si besoin, une rétrogradation vers un modèle plus faible encore.
Le récit des coulisses tel que rapporté par nos confrères évoque un bras de fer entre David Sacks, le conseiller de Donald Trump en matière de tech, et Dario Amodei, le patron d’Anthropic. Le sujet de désaccord ? Une faille qui permettrait de jailbreaker Fable 5, c’est-à-dire de le déverrouiller, sans ses restrictions d’utilisation.
Dario Amodei aurait refusé de corriger cette brèche, parce qu’elle n’a pas été jugée d’un degré de criticité si élevé. C’est ce refus, alors que les relations entre Anthropic et Washington se sont rafraîchies, qui aurait poussé le secrétaire au Commerce Howard Lutnick à dégainer immédiatement la directive de contrôle des exportations.
L’idée ? Interdire l’accès à Fable 5 et Mythos 5 aux personnes n’ayant pas la nationalité américaine, qu’elles se trouvent aux États-Unis ou à l’étranger, y compris les employés étrangers d’Anthropic. Une mesure qu’Anthropic a dit ne pas pouvoir appliquer parfaitement. En conséquence, décision a été prise de tout couper.
Anthropic minimise, mais son passé la rattrape
C’est là que les discours divergent : Anthropic, pour sa part, assure que la Maison-Blanche n’a jamais mentionné la piste chinoise lors des discussions et maintient qu’il s’agit d’une surréaction face à un jailbreak mineur, similaire à ce qui s’observe chez la concurrence. Mais le fait est qu’il y a un passif qui n’est pas forcément reluisant pour Anthropic.
En effet, la jeune société a déjà été mêlée à un premier gros accroc. En avril, il a été rapporté par la presse qu’un petit groupe d’utilisateurs issus d’un groupe Discord aurait eu accès à Mythos, le modèle hyper‑restreint d’Anthropic, contournant dans le même temps les protections du modèle d’IA le plus en vue du moment.
Cet antécédent, couplé aux récentes suspicions d’espionnage étatique, a pour effet de fragiliser l’argument d’Anthropic selon lequel l’importance de la faille a été surévaluée. En tout cas, cela écorne l’image de marque de la startup en matière de sécurité, et cela a aussi pour effet de laisser le champ libre à ses rivaux, avec deux modèles d’IA hors-jeu.
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Source : Numerama — voir l'article d'origine ↗