Affaire Lyhanna : le comportement en ligne de Jérôme Barella avait été signalé à la police française depuis les Etats-Unis
D'après "Le Monde", une ONG américaine a transmis plusieurs signalements visant le principal suspect dans le meurtre de la collégienne.
C'était un clignotant de plus qui s'était allumé avant l'affaire Lyhanna. Alors qu'un rapport d'inspection sur d'éventuels dysfonctionnements sera rendu public le 19 juin, Le Monde révèle que le comportement en ligne de Jérôme Barella avait été signalé à la police française depuis les Etats-Unis. Selon les informations du quotidien, des signalements du Centre national pour les enfants disparus et exploités américain faits auprès de l'Office mineurs (Ofmin) ont été découverts lors de vérifications après l'éclatement de l'affaire.
Le Centre national pour les enfants disparus et exploités (NCMEC) est une ONG américaine dont la mission est d'aider à retrouver les enfants disparus, de réduire l'exploitation sexuelle des enfants et de prévenir leur victimisation. Il agrège les alertes collectées par les fournisseurs d'accès à internet, les géants du web et les réseaux sociaux et transmet des centaines de milliers de signalements par an aux autorités françaises et à d'autres pays.
Un échange insuffisant pour ouvrir une enquête
Selon nos informations, au moins un échange sur une messagerie avec une mineure, en 2023, avait été transmis à l'Ofmin par le NCMEC. Il s'avère que le numéro identifié était celui de Jérôme Barella. Malgré les signalements et plaintes dont il faisait l'objet depuis 2017, le quarantenaire de Fleurance (Gers) était encore sous les radars des services de police et de gendarmerie. Lors de cet échange, la mineure avait coupé court et l'évènement était resté isolé.
Ce signal, qui ne concernait ni des images pédopornographiques ni des propos violents, était insuffisant pour saisir le parquet et ouvrir une enquête. Quid des autres signalements mentionnés par Le Monde ? Sollicité par franceinfo, le Centre national pour les enfants disparus et exploités a répondu qu'il n'était "pas en mesure de fournir des informations spécifiques concernant une affaire".
Des milliers de signalements impossibles à traiter
Cyril Mancone, coordonnateur de l'investigation nationale auprès du syndicat Alliance Police Nationale, chiffre à "200 000" le nombre de ce type de signalements, dont "95% viennent des Etats-Unis". "On arrive à en traiter 5%. Nous sommes en incapacité d'en traiter plus", assure-t-il auprès de France Télévisions.
En 2023, Gabrielle Hazan, ancienne cheffe de l'Ofmin, faisait état de 318 000 signalements, soit 870 par jour. Beaucoup d'entre eux passent donc entre les mailles du filet. Dans un entretien à 20 Minutes, Gabrielle Hazan évoquait en effet un "gros travail de priorisation (...) à faire", la France étant "le quatrième pays au monde à héberger le plus de contenus pédocriminels, derrière les Etats-Unis, la Russie, les Pays-Bas".
Certains signalements en provenance de l'étranger aboutissent tout de même. Dans le procès d'un réseau pédocriminel en ligne qui vient de s'achever à Orléans (Loiret), c'est la découverte, par les autorités australiennes, d'une vidéo de viol d'enfant en langue française sur le dark web qui avait permis la saisine de l'Ofmin. Les quatre accusés ont été condamnés à des peines de six à seize ans de prison.
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Source : franceinfo — voir l'article d'origine ↗