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"Combien de Lyhanna encore ?" : comment la collégienne du Gers est devenue le symbole des violences faites aux femmes et aux enfants

Le meurtre de cette petite fille de 11 ans est en passe de devenir une affaire d'Etat. Ses obsèques sont prévues vendredi après-midi à Fleurance, la ville où elle était scolarisée.

Le temps du recueillement. Les obsèques de Lyhanna, collégienne de 11 ans retrouvée morte le 4 juin dans le Gers, se tiennent vendredi 12 juin. Une cérémonie ouverte au public aura d'abord lieu, avant l'inhumation "dans la plus stricte intimité", à la demande de la famille, a annoncé l'avocat des parents, François Roujou de Boubée. L'enterrement aura lieu à 14h30 au cimetière de Fleurance, la ville où elle était scolarisée. De très nombreux médias sont attendus, reflet de la couverture massive de ce meurtre, qui suscite un émoi national depuis dix jours.

Le prénom de cette petite fille est désormais associé à une affaire criminelle qui prend, chaque jour, l'envergure d'une affaire d'Etat, dans un pays encore sidéré. L'émotion collective a rapidement laissé place à une immense colère, à mesure que les éléments de l'enquête ont été dévoilés. Les Français ont ainsi appris que Jérôme Barella, principal suspect dans la mort de Lyhanna, n'avait jamais été interpellé ou convoqué, malgré plusieurs plaintes et signalements ces dernières années pour des violences sexuelles sur mineurs.

"Un déclencheur" après de très nombreuses affaires

Tant d'autres scandales pédocriminels auraient pourtant pu déclencher les foudres de l'opinion publique avant cette affaire. Il y a quelques semaines encore, un baby-sitter de 37 ans a été mis en examen pour agressions sexuelles et viols sur mineurs, soupçonné d'avoir fait de nombreuses victimes dans l'agglomération lilloise. Et ce, malgré une précédente condamnation pour des faits similaires. Dans le Rhône, un père de famille a lui aussi récemment été mis en examen pour viols et agressions sexuelles sur 34 petits garçons âgés de 3 à 9 ans. Le Monde a révélé "l'incurie judiciaire" autour de la prise en charge de ce dossier.

Dans son rapport final publié en 2022, la Ciivise estimait que 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année en France, soit un enfant toutes les trois minutes. Mais les petites victimes de ces prédateurs restent dans l'ombre. Tandis que la photo de Lyhanna, a, elle, largement circulé : son visage tout sourire, désormais connu de tous, est venu incarner l'horreur de la pédocriminalité. Son cas semble agir comme "un déclencheur", analyse Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes, dans le sillage des révélations sur les violences physiques et sexuelles dans le périscolaire, qui ont plongé de nombreux parents dans une "psychose" généralisée.

Sans compter les dénonciations massives depuis la fin 2023 au sein de l'établissement d'enseignement catholique Notre-Dame-de-Bétharram : 200 plaintes ont été déposées, toutes frappées par la prescription. Anne-Cécile Mailfert cite également l'affaire Joël Le Scouarnec, cet ancien chirurgien condamné en 2025 à vingt ans de réclusion criminelle pour des viols et des agressions sexuelles sur 300 personnes, principalement des mineurs.

"A chaque fois, on voit que les institutions se protègent", déplore-t-elle, énumérant respectivement, pour chacune de ces affaires, les responsabilités de "la mairie de Paris, l'ancien Premier ministre François Bayrou ou la médecine". Pour l'affaire Lyhanna, "c'est maintenant l'Etat qui refuse de reconnaître qu'il y a un problème de moyens".

"L'injustice de trop"

"Pourtant, poursuit Anne-Cécile Mailfert, on est bien sur un problème systémique et la colère est d'autant plus grande qu'on se dit tous que ce meurtre aurait pu être évité si la justice avait fait son travail". Le cas de Lyhanna apparaît ainsi comme "l'injustice de trop", écrit depuis plusieurs jours sur Instagram la réalisatrice et comédienne Andréa Bescond, en résonance à l'indignation de tout un pays. La collégienne est devenue, à elle seule, le symbole des violences sexuelles faites aux enfants. Et des défaillances sociétales qui les accompagnent.

A l'appel de nombreux collectifs (dont NousToutes, la Fondation des femmes, Face à l'inceste, le Collectif Féministe contre le viol), des milliers de personnes se sont réunies devant les tribunaux de 160 villes de France lundi pour dénoncer l'incapacité des institutions à protéger les enfants victimes de violences. "Combien de Lyhanna encore ?", "Je suis Lyhanna", lisait-on sur les pancartes.

Son portrait, dessiné par Agathe Sorlet, a été brandi par nombre de manifestants. L'illustratrice a publié il y a quelques jours sur Instagram sa représentation de la collégienne, aux côtés d'autres jeunes victimes de pédocriminels, comme Estelle Mouzin et Maëlys de Araujo.

"La mort de Lyhanna m'a bouleversée et la seule chose que je peux faire, à ma petite échelle, c'est prendre mon crayon et dessiner", explique-t-elle à franceinfo. La trentenaire se dit "terriblement en colère" face à cette mort tragique, ayant elle-même été victime des sévices sexuels de son père pendant une grande partie de son enfance.

"J'ai été placée en famille d'accueil à 4 ans et l'Etat a décidé de me remettre deux ans plus tard aux mains de mon bourreau, malgré la plainte de ma mère", relate-t-elle. "Il faut qu'on entende enfin les enfants et les femmes", insiste la dessinatrice, soulignant que les sujets des violences qui leur sont faites sont connexes. "On le voit : ce sont les mamans qui portent plainte pour leurs enfants. Et ce sont toujours les femmes que l'on n'écoute jamais", analyse-t-elle.

Source : franceinfovoir l'article d'origine ↗

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