Déséquilibres économiques, guerre en Ukraine, Moyen-Orient : les épineux dossiers sur la table du G7, qui débute lundi à Evian
Les dirigeants des grandes puissances, ainsi que plusieurs partenaires, vont échanger durant trois jours au bord du Lac Léman. Objectif : trouver une ligne commune sur la coopération économique ou les minerais rares, mais aussi affirmer leur soutien à Kiev.
Déséquilibres économiques et crises géopolitiques. Le menu des discussions qui se tiendront au sommet du G7, du lundi 15 au mercredi 17 juin, s'annonce chargé. Durant trois jours, les dirigeants allemand, canadien, américain, français, italienne, japonaise et britannique – accompagnés des milliers de membres de leurs délégations et de presque autant de journalistes – se réuniront au bord du lac Léman, à Evian (Haute-Savoie). La présidence française du Groupe des sept a également convié les responsables de plusieurs organisations internationales et les leaders de plusieurs pays invités (Brésil, Corée du Sud, Inde, Kenya et Egypte), pour des temps d'échange.
Ensemble, ils chercheront à trouver "une convergence" et des réponses "concrètes" sur nombre de dossiers, en commençant par les priorités mises à l'agenda par Paris, assure l'Elysée. Depuis des mois déjà, des représentants des Etats participants se réunissent pour évoquer la refonte du système de solidarité internationale, la lutte contre le narcotrafic et la criminalité organisée, ou encore une meilleure protection en ligne des mineurs.
Mais le sujet principal pour la France, c'est la réduction les déséquilibres macroéconomiques mondiaux. En janvier, au Forum économique de Davos, Emmanuel Macron pointait "la surconsommation américaine, la sous-consommation et le surinvestissement chinois, et le sous-investissement et le manque de compétitivité européens", rappellent Les Echos.
Relancer le dialogue international
Pour Paris, ces déséquilibres "ont pour conséquences de fortes tensions commerciales mais aussi géopolitiques", relayait en mars la mission permanente de la France auprès de l'ONU. "L'économie internationale (...) est devenue un espace de confrontation où s'expriment, par le rapport de force et la contrainte, les ambitions de puissance et de domination", explique-t-elle sur cette page détaillant les "priorités du G7". "Ces déséquilibres ont un impact direct sur la capacité de l'ensemble des pays à croître et à se développer."
Avec le sommet d'Evian, Emmanuel Macron entend "revenir à l'objet initial de la création du G7 : il faut voir comment on peut se coordonner sur ces questions", souligne auprès de franceinfo le ministre délégué en charge de l'Europe, Benjamin Haddad. "Sur la résilience des chaînes de valeurs des minerais critiques, par exemple, il y a des pays avec lesquels on peut travailler à des achats communs", affirme-t-il. Les Etats aborderont lors du sommet la coordination de leurs politiques sur ces ressources et la constitution de stocks, ainsi que la possibilité de restrictions à l'exploitation des matériaux critiques, confirme l'Elysée.
L'exploitation des minerais rares, essentiels pour le secteur de la tech, est aujourd'hui largement dépendante de la Chine. Mais les représentants de Pékin, qui ne fait pas partie du Groupe des sept, ne feront pas le déplacement jusqu'à Evian. La Chine a néanmoins assisté, jeudi 11 juin, à une visioconférence sur la "coopération économique" avec le G7, à l'initiative de la France. Selon l'Elysée, les participants ont fait le constat que "ces déséquilibres sont dangereux" et sont "déterminés à agir ensemble sur un agenda de croissance durable, partagé, au bénéfice de tous". Ce travail se poursuivra au G7 mais aussi au G20, prévu en décembre aux Etats-Unis, précise la présidence.
La France espère ainsi relancer le dialogue international, notamment pour "restaurer une industrie forte en Europe" et "équilibrer le commerce avec la Chine ainsi que les Etats-Unis", expliquait l'Elysée jeudi, à l'issue de la rencontre. A Evian, la tâche pourrait toutefois s'avérer ardue, face à un Donald Trump qui affiche régulièrement son désintérêt pour le multilatéralisme, et dont l'administration a encore menacé, début juin d'imposer des droits de douane additionnels à 60 pays, au titre d'une lutte insuffisante contre le travail forcé.
L'Ukraine et le Moyen-Orient s'invitent dans le sommet
Le conflit en Ukraine sera un autre dossier majeur sur la table. "Le soutien du G7" à Kiev figure parmi les priorités de la présidence française, qui a convié Volodymyr Zelensky au sommet. La guerre avec la Russie est "un enjeu stratégique majeur pour les Européens : nous devons défendre nos intérêts et déployer notre propre agenda, tout en continuant de discuter avec la Maison Blanche", explique le ministre chargé de l'Europe, Benjamin Haddad.
Le sujet sera abordé durant une réunion de travail dédiée, mardi, avec notamment la question "d'encourager une négociation" directe entre Kiev et Moscou pour trouver une solution durable au conflit, relate l'Elysée. Les dirigeants français, allemand et britannique avaient déjà apporté leur soutien à cette proposition de Volodymyr Zelensky le 7 juin, à l'issue d'un sommet à Londres.
Le Groupe des sept tentera de "s'entendre sur les paramètres et les conditions de ce dialogue", y compris sur les points sensibles de l'intégrité territoriale de l'Ukraine et des garanties de sécurité en cas de cessez-le-feu. Les dirigeants comptent aussi évoquer les moyens nécessaires pour protéger le réseau énergétique ukrainien, visé l'hiver dernier par d'intenses frappes russes, la réparation du coffrage de Tchernobyl, et le maintien de l'aide militaire et financière à Kiev.
Source : franceinfo — voir l'article d'origine ↗