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"La Bayadère" à l'Opéra Bastille : comment les grands ballets du répertoire se transmettent de génération en génération

Le ballet de l'Opéra de Paris reprend la version chorégraphiée par Rudolf Noureev peu avant sa mort, grâce à des répétiteurs émérites qui ont bien connu le danseur russe. Florence Clerc et Nicolas Le Riche, deux étoiles devenues coaches, nous ont ouvert les portes d'une répétition.

Après La Dame aux camélias de John Neumeir, remonté après sept ans d'absence, l'Opéra de Paris reprend La Bayadère, du 17 juin au 14 juillet à l'Opéra Bastille. Les dernières représentations, prévues en décembre 2020, avaient dû être annulées à cause du Covid. Ce grand ballet classique occupe une place à part dans l'histoire de la maison. Avant d'être emporté par le Sida en 1993, à 54 ans seulement, Rudolf Noureev avait lutté pour finaliser sa version de ce ballet.

C'est à l'issue d'une représentation de La Bayadère, que l'illustre interprète et chorégraphe, très affaibli, avait fait ses adieux à la danse sur la scène du Palais Garnier, le 8 octobre 1992. L'image avait fait le tour du monde.Entrée à l'école de l'Opéra dès l'âge de 10 ans, Florence Clerc a fait toute sa carrière dans la maison et a bien connu le tsar de la danse. "Mais je ne me considère pas comme un ' bébé Noureev', précise-t-elle, parce que j'avais déjà plus de 30 ans quand il a pris la tête du ballet. J'en ai 75 aujourd'hui".

Après avoir été nommée étoile en 1978, Florence Clerc dit avoir eu "des années difficiles". "Jusqu'à Rudolf, ajoute-t-elle. J'ai appris tant de choses avec lui, qui m'ont tellement éclairée. Grâce à cet accompagnement, j'ai compris la danse, en fait". Elle l'avait déjà rencontré au milieu des années 1970 quand il était venu monter La Bayadère une première fois. "Il avait choisi lui-même les danseurs et il montrait la chorégraphie sur moi, se souvient-elle. Il me corrigeait pour expliquer aux autres danseurs ce qu'il voulait. J'ai senti qu'on s'entendait bien, qu'il était attentif et intéressé."

La ballerine raconte que son prestigieux maître de ballet "regardait très attentivement les danseurs". Il trouvait par exemple qu'elle faisait "trop de poignets". Il voulait des gestes plus simples. "C'est vieux mais cela m'a marqué, confie-t-elle. Après, je faisais attention à ne pas le faire". Par la suite, "quand il est venu danser La Belle au Bois Dormant à Paris, raconte-t-elle, il m'a demandé d'être sa partenaire, en alternance avec Noëlla Pontois et puis surtout, il a fait sa création de Manfred sur moi."

Florence Clerc a donc appris La Bayadère à la source Noureev. "J'ai d'abord dansé le troisième acte puis les rôles de solistes, les trois Ombres, et enfin celui de la danseuse étoile". Nul n'est donc plus qualifié qu'elle pour transmettre ce ballet du répertoire classique aux nouvelles générations. "Je me sens responsable d'un enseignement, acquiesce-t-elle. Ce que j'ai reçu de Rudolf ou des professeurs qui m'ont énormément marquée comme Christiane Vaussard."

Elle pense cependant que "ce n'est pas bien d'être trop strict" et que Noureev lui-même, formé au Kirov de Leningrad (Saint-Petersbourg aujourd'hui) s'était enrichi de multiples influences, notamment celle de Balanchine. Il en avait "fait son miel, dit-elle joliment. "Les danseurs actuels, ils nous ont nous, ajoute-t-elle, plus d'autres, cela fait une sorte de bouillon de culture qui doit continuer à bouger."

La scène de la bagarre entre Nikiya et Gamzatti

Nous l'accompagnons dans un studio circulaire niché sous les toits du Palais Garnier où l'attend la première danseuse Inès McIntosh. Sa partenaire s'étant blessée, elle vient répéter seule la fameuse scène de la bagarre entre Nikiya et Gamzatti, les deux héroïnes du ballet. "Je dois travailler mes intentions", confie-t-elle à Florence Clerc, prête à passer une heure s'il le faut sur cette scène, plus proche du théâtre que de la danse, "pour être vraiment bien".

Comme Rudolf Noureev, sa répétitrice, assise sur un banc, scrute le moindre geste, la plus infime nuance sur son visage et la reprend dès qu'elle le juge nécessaire. "Il faut que je sente que ça bouillonne à l'intérieur, lui explique-t-elle, je dois sentir que ta vengeance sera terrible". L'expressivité d'Inès Mcintosh grandit au fur et à mesure que la répétition avance. Cela saute aux yeux.

"Ce travail me permet de bien construire mon personnage, nous livre-t-elle en fin de session, en l'adaptant à ma personnalité, à mon physique. Je suis plus habituée aux rôles de jeune première. Gamzatti est une femme forte, alors on s'attend peut-être à quelqu'un de plus grand, de plus imposant que moi dans ce rôle. Florence m'aide à trouver le bon curseur, à définir ce qui me va." Quand on lui demande si la multiplication des corrections ne la heurte pas, elle sourit : "J'ai tout à apprendre et je suis vraiment heureuse d'être en studio avec elle. Elle n'est jamais vexante, elle me pousse à aller toujours plus loin et me transmet ce rôle."

En sortant du studio, Florence Clerc nous confie qu'elle se prépare elle-même à remonter sur scène pour danser en fin d'année. Le chorégraphe Benjamin Millepied, ancien directeur de la danse de l'Opéra de Paris, l'a sollicitée pour donner corps aux chansons de Barbara et sera son maître de ballet. Le spectacle intitulé Barbara, du bout des lèvres, réunira plusieurs générations de danseurs aux Folies-Bergère, du 9 au 22 novembre.

Source : franceinfovoir l'article d'origine ↗

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