"Le faste à la France, le néfaste à la Suisse" : à Genève, les contraintes liées à la sécurité du G7 d'Evian laissent un goût amer aux Helvètes
La sécurité drastique mise en place durant le sommet va affecter, durant quelques jours, la ville suisse, où la plupart des délégations vont atterrir. Au point d'irriter certains habitants et élus.
Une dizaine de dirigeants, environ 5 000 journalistes et membres de délégations, et plus de 14 000 policiers. Lundi 15 juin, la ville d'Evian, en Haute-Savoie, va devenir le centre d'une intense activité diplomatique, à l'occasion du sommet annuel du G7. Mais de l'autre côté du lac Léman, à Genève, cette agitation est observée avec un certain agacement. Car si la Suisse ne participe pas à la grand-messe du Groupe des sept, elle doit cette année contribuer à son bon déroulement. Et pas vraiment par choix.
Selon un rapport officiel relayé par le média suisse Blick, la Confédération helvétique a découvert que le sommet se déroulerait à Evian via une annonce d'Emmanuel Macron sur Instagram, en juin 2025, "sans la moindre concertation préalable" de Paris avec Berne. La rencontre se tient "à proximité immédiate de la frontière suisse", mais "le canton de Genève n'est ni décisionnaire, ni associé à sa planification", résume Carole-Anne Kast, conseillère d'Etat genevoise en charge de la sécurité. Problème : avec la venue d'une quinzaine de dirigeants – en comptant les pays invités –, le dispositif de protection du G7 dépasse très largement les limites de l'Hexagone.
La crainte d'un "chaos routier"
Les contrôles aux frontières ont ainsi été rétablis entre la Suisse et la France, en amont du sommet et jusqu'au 19 juin. A peine le devine-t-on à l'arrivée en gare de Genève, samedi 13 juin. En plus des habituels contrôles aléatoires des bagages, il est demandé aux passagers de montrer leur pièce d'identité. Debout de chaque côté du couloir des arrivées, deux militaires jettent un rapide coup d'œil au passeport qu'on leur tend, sans même le prendre en main. "C'est bon, allez-y !", lancent-ils d'un ton impatient.
La situation est plus complexe sur les routes. Vendredi matin, des files inhabituellement longues se sont formées à l'entrée du territoire suisse, rapporte La Tribune de Genève. En cause, la fermeture de 28 postes douaniers sur 35, pour centraliser les contrôles, ce qui a concentré le trafic. "Cela retarde les passages, et oblige notamment le secteur sanitaire à annuler et reporter de nombreuses interventions", déplore Mauro Poggia, conseiller d'Etat issu du parti régionaliste et populiste Mouvement citoyen genevois.
Une portion de l'autoroute contournant Genève est aussi coupée à la circulation pour faciliter les déplacements des délégations, qui atterrissent pour la plupart à l'aéroport de la ville. Celui de Lyon, plus éloigné d'Evian et moins rodé aux protocoles diplomatiques, n'a pas été retenu dans l'organisation. "[On aurait] dû fermer aux participants au G7 la sortie de l'aéroport sur territoire suisse", grince Mauro Poggia. Quitte à leur faire emprunter l'accès français, à Ferney-Voltaire, leur imposant un long détour jusqu'à Evian.
"L'élémentaire respect à l'égard d'un pays voisin aurait dû amener la France à examiner avec la Suisse les implications de l'organisation d'un tel sommet, à côté d'une ville qui accueille 40 organisations internationales."
Pour l'élu suisse, "cette privatisation [de l'autoroute] au profit du sommet du G7 (…) va générer un chaos routier". Les Genevois n'en avaient encore rien vu, samedi. "Tout le monde est arrivé en avance : on pensait que ce serait le bazar, mais ça roule bien !", s'étonne Maëva, responsable du restaurant Chez ma cousine. Même constat dans un hôtel du centre-ville, qui a quand même anticipé les éventuels embouteillages. "Des chambres ont été réservées pour les employés qui habitent loin, et qui pourraient avoir du mal à rentrer chez eux", confie une hôtesse d'accueil. La sécurité est aussi renforcée, notamment la nuit.
La manifestation No-G7 au cœur des crispations
Car la principale préoccupation des habitants, à l'approche du sommet, était l'organisation d'une manifestation anti-G7 à Genève, dimanche. La ville avait déjà accueilli un défilé altermondialiste en 2003, lorsque le Groupe des huit – la Russie en faisait encore partie – s'était réuni à Evian. Les débordements et les dégradations de commerces de l'époque ont laissé un souvenir cuisant aux Suisses. "La France savait pertinemment qu'en faisant d'Evian un château-fort, la seule ville à proximité qui offrait la visibilité souhaitée [par les organisateurs du rassemblement] était Genève", proteste Mauro Poggia.
La préfecture de Haute-Savoie a bien proposé aux militants No-G7 de se rassembler à Annemasse, pour un contre-sommet de deux jours. Mais les organisateurs ont refusé, refroidis par les importantes contraintes de sécurité qu'on leur imposait, relaie France 3 Auvergne-Rhône-Alpes. Les autorités suisses ont, de leur côté, validé le principe d'un défilé cantonné à la rive droite de Genève, loin du centre et de ses boutiques de luxe. Dimanche, des affrontements avec les forces de l'ordre ont éclaté à la fin de la manifestation, mais les dégâts ont finalement été "limités" selon la police. En amont, la ville s'était préparée à tout risque de casse.
Source : franceinfo — voir l'article d'origine ↗