"On aurait pu éviter ce drame" : aux obsèques de Lyhanna à Fleurance, un dernier hommage empreint de colère
Les funérailles de la collégienne se sont déroulées vendredi dans le Gers, en présence de nombreux habitants venus soutenir la famille endeuillée.
Colère et tristesse. Plusieurs centaines d'habitants se sont réunis devant le cimetière de Fleurance (Gers), vendredi 12 juin, pour rendre un dernier hommage à Lyhanna. Kidnappée fin mai, la petite fille de 11 ans a été retrouvée morte dans un silo à grains de Puycasquier après plusieurs jours d'intenses recherches, le 4 juin.
"Ça me rend malade de me dire que ses parents ne verront jamais leur fille grandir, qu'elle ne passera jamais en 5e, qu'elle ne deviendra jamais adolescente…", souffle Virginie, une orchidée blanche à la main. Cette enseignante est venue avec Lilou, sa fille de 16 ans. "Forcément, on s'identifie. Ici, on se connaît tous de près ou de loin", témoigne cette mère de famille.
"Elle possédait ce mélange rare de sincérité et d'innocence"
Les obsèques, qui ont débuté à 14h30 dans cette petite ville d'Occitanie située à mi-chemin entre Agen et Auch, ont eu lieu en deux temps. D'abord une cérémonie ouverte au public, ponctuée de discours, de chansons, de lâchers de ballons et de colombes. Puis l'inhumation, dans la plus stricte intimité de la famille.
Le maire de Fleurance, Grégory Bobbato, a pris la parole en premier, rappelant que "nous ne disons pas au revoir à un symbole, une lutte, mais à une enfant de 11 ans et demi". L'édile divers droite, en poste depuis les dernières élections municipales, se tient aux côtés des proches de Lyhanna depuis le début de ce drame aux allures de scandale d'Etat. "Ces 14 jours m'ont donné une leçon. Une leçon de vie, de dignité…", a-t-il assuré.
"Lyhanna, tu es devenue cette lumière qui brillera à jamais", a ensuite déclaré la maîtresse de cérémonie, qui a dressé un long portrait de l'enfant, préparé avec ses parents. Face au petit cercueil bleu de la collégienne, elle a mis en avant son "âme lumineuse, douce et bienveillante", son "instinct de protection envers ceux qu'elle aimait", ainsi que sa "franchise désarmante qui faisait sourire et qui rendait chaque conversation authentique". Elle a rappelée son amour pour les "licornes", mais aussi le côté "pipelette" et "coquette" de cette petite fille, qui "possédait ce mélange rare de sincérité et d'innocence".
"Tout un système qui n'est pas à la hauteur"
Un peu plus tôt, une procession composée de dizaines de motards et de voitures tunées a escorté avec fracas le corbillard et la famille de la jeune fille, du funérarium au cimetière. Une initiative des Motards voltigeurs d'Occitanie, dont l'un des membres est un proche du père de Lyhanna. L'association, qui a l'habitude de se mobiliser pour des causes comme Octobre Rose ou contre les cancers pédiatriques, a tenu à répondre présent ce vendredi.
"Je suis là pour faire entendre notre colère", tonne parmi eux Eric, 63 ans. Comme de nombreux autres Gersois, ce retraité de l'industrie pharmaceutique en veut à "la justice" de ne pas avoir interpellé plus tôt Jérôme Barella, le principal suspect dans le meurtre de l'adolescente, malgré les plaintes et signalements dont il avait fait l'objet entre 2017 et 2025. "Quand il faut arrêter des agriculteurs et des manifestants, il y a du monde ! Mais visiblement, il n'y a personne pour s'occuper des pédocriminels !", s'énerve-t-il.
Cette colère est largement partagée par les habitants de Fleurance. "C'est aberrant. On aurait pu éviter ce drame si on avait écouté la maman de Rosa", juge Nathalie, une aide à domicile de 55 ans, en référence à la plainte pour viol déposée en 2025 par la mère d'une collégienne contre Jérôme Barella. "A ce stade, ce n'est plus des dysfonctionnements, c'est tout un système qui n'est pas à la hauteur", estime encore Sylvain. Ce quinquagénaire, propriétaire d'un hôtel de Fleurance avec sa femme Nadia, juge qu'il est "grand temps" que la justice "se réveille". "Je vous le dis : si on ne se donne pas les moyens de changer les choses, il y en a qui vont finir par se faire justice eux-mêmes", poursuit-il nerveusement.
"Pendant des heures, j'ai appelé son nom"
C'est la quiétude de toute une région qui est venue se briser face au drame du meurtre de Lyhanna. Rosa, 62 ans, a participé aux battues qui ont eu lieu après la disparition de la collégienne. "On a cherché partout pendant trois jours. Dans les bois, les bâtiments abandonnés, les hangars et les puits", assure cette agricultrice en chemisier blanc. "Pendant des heures et des heures, j'ai appelé son nom. J'aurais tant aimé qu'elle nous réponde, mais ce n'est jamais arrivé", poursuit-elle, encore hantée par ce sentiment "d'impuissance".
Parents d'une ado de 16 ans, Sylvain et Nadia ne se voient plus la laisser sortir comme avant. "Au début, elle nous en voulait, mais maintenant elle comprend", assure la mère de famille. "C'est déjà tellement dur d'avoir confiance en nos ados, si en plus on doit avoir confiance dans le monde entier…", souffle son époux. Grand-mère d'une écolière, Nathalie partage ce constat : "Il est hors de question qu'elle fasse des soirées pyjamas, et si elle doit se rendre à un anniversaire, je resterai ! C'est triste d'en arriver là, mais c'est comme ça."
Source : franceinfo — voir l'article d'origine ↗