Carburants : "On n'a pas le droit de vente à perte, et l'originalité de notre métier, c'est que la marge est fixe, quel que soit le prix", souligne le président national des stations-service et énergies nouvelles chez Mobilians
Interrogé dans le "11/13" de ce mercredi 17 juin sur la baisse des prix à la pompe, Francis Pousse, président national des stations-service et énergies nouvelles chez Mobilians, explique la situation actuelle du secteur après l'accord de paix au Moyen-Orient, et pourquoi les prix ne baissent pas tout de suite dans certaines stations.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
Flore Maréchal : Peut-on espérer retrouver une situation d'avant-guerre en matière de prix des carburants ?
Francis Pousse : Déjà, ça fait plaisir, parce que les gens que vous avez interviewés se rendent compte que ça arrive, que ça baisse et ils n'y croyaient même pas. Dans notre métier, c'est toujours comme ça, la fluctuation va aussi rapidement à la hausse et à la baisse, temporisée effectivement par le stock en station. Puisque quand vous savez qu'une station traditionnelle a entre 1 à 3 centimes de marge nette et que votre produit baisse de 5 centimes en une journée, vous ne pouvez absolument pas baisser le prix. Par contre, dès qu'arrive la prochaine livraison, on a tout intérêt, si nos fournisseurs jouent le jeu, à baisser les prix puisqu'on a vécu quand même des mois très compliqués, en particulier dans les réseaux hors TotalEnergies, avec des baisses de ventes de l'ordre de 20 à 40 %. Donc, nous aussi on veut retrouver du volume et on va appliquer les baisses au fur et à mesure qu'elles vont arriver. Et on l'a déjà vu, de manière générale sur le réseau français, entre milieu de semaine dernière et aujourd'hui, on est à pas loin de 10 centimes de baisse quand même.
Donc vous allez faire en sorte, comme vous l'a demandé le gouvernement hier lors de cette réunion à Bercy, et vous y étiez, autour de Roland Lescure, de répercuter très rapidement cette baisse à la pompe, c'est ce que vous nous dites ?
Exactement, ça a déjà commencé. Selon le volume de la station, vous êtes réapprovisionné plus ou moins souvent, parce que, évidemment, si vous avez de gros volumes, vous avez un camion tous les jours, donc vous pouvez dès le lendemain ou le jour même baisser vos prix. Si vous êtes en zone rurale, c'est parfois des livraisons jusqu'à 10 à 15 jours. Et, évidemment, avec une telle variation, vous devez attendre la prochaine livraison. Et je demande aux gens de le comprendre, parce que : un, on n'a pas le droit de vente à perte, et l'originalité de notre métier, c'est que la marge elle est fixe, quel que soit le prix. Qu'on soit à 1 euro ou à 2 euros, c'est toujours les 1 à 3 centimes net dont je vous parle. Donc on n'a pas de moyens, mais on fait tous très attention, bien évidemment, à baisser nos prix pour satisfaire d'abord nos clients.
Et lorsque vous entendez Éric Coquerel, par exemple, ce matin sur notre antenne, président de la Commission des Finances de l'Assemblée nationale, qui a auditionné le PDG TotalEnergies ce matin, Patrick Pouyanné, notamment, dire qu'il faut bloquer les prix, pour vous, pour les stations-service indépendantes, ce serait assez catastrophique. Il ne faut pas en venir à de telles extrémités, en tout cas, selon ce que vous nous aviez dit plusieurs fois sur cette antenne ?
De toute façon, bloquer les prix égale fermeture de station immédiate. Pourquoi ? Parce que bloquer les prix, si le prix bloqué est en dessous du prix du marché, bien évidemment, vous allez perdre 10 ou 20 centimes ou 30 centimes, si on imagine un prix bloqué à 1,50 euro. Donc il vaut mieux arrêter tout de suite de vendre. Donc là, du coup, on va créer une pénurie, à moins que Monsieur Coquerel ait une solution pour compenser la marge perdue. Mais dans ce cas-là, ce serait gravissime pour le budget de l'État.
Source : franceinfo — voir l'article d'origine ↗