Quand les locataires disparaissent sans prévenir, le casse-tête des propriétaires
Partis sans prévenir et sans rendre les clés, des milliers de locataires abandonnent leur logement chaque année en laissant derrière eux des loyers impayés. Une situation coûteuse pour les propriétaires, qui doivent suivre une procédure judiciaire stricte avant de récupérer leur bien.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
Avec deux témoins, une commissaire de justice de Nancy vient reprendre possession d'un appartement abandonné depuis plusieurs mois par ses locataires. "C'est exceptionnel parce que l'appartement est totalement vide. Il ne reste absolument rien. D'habitude, il reste toujours des encombrants, des sacs-poubelles, des détritus", constate Me Nadège Georges-Wernert, commissaire de justice à Nancy (Meurthe-et-Moselle).
Dans l'appartement vivait un couple d'agents publics. Ils travaillaient et avaient des fiches de paie. Depuis mars 2025, ils ne payaient plus leur loyer. En janvier dernier, l'agence découvre qu'ils n'occupent plus les lieux. Ils sont partis sans prévenir, ce qu'on appelle un départ à la cloche de bois. Ils doivent plus de 10 000 euros. "Ils pensent qu'en partant à la cloche de bois sans rendre les clés, ils pourront échapper à toute poursuite. Derrière, non, puisqu'on va tenter de les retrouver, d'avoir leur nouvelle adresse, leur solvabilité pour recouvrer les loyers impayés à la demande du propriétaire", explique Me Nadège Georges-Wernert.
Le locataire n'a désormais plus le droit d'entrer dans le logement. Les clés sont rendues à l'agence immobilière qui gère l'appartement. La directrice n'a eu aucune explication des anciens locataires. En s'enfuyant ainsi, ils se sont mis hors la loi. "Ils auraient simplement envoyé leur préavis et redonné les clés. Il n'y avait pas de contentieux", souligne Maud Morano-Dubois, agente immobilière à Nancy.
Des propriétaires confrontés à des pertes importantes
Des abandons de logements par des locataires indélicats de plus en plus fréquents : 5 000 cas en 2024, 6 000 en 2025. Une mésaventure dont a été victime Brian, un propriétaire que nous avons rencontré. Il louait un petit appartement à un couple dans un immeuble de banlieue parisienne. En avril dernier, après trois mois de loyers impayés et sans réponse à ses appels, il vient les voir. Il raconte : "Au début, je sonne, personne ne m'ouvre. J'essaye d'entendre s'il y a du bruit dans l'appartement. J'ai constaté qu'il était parti parce qu'un voisin m'a dit que ça faisait un moment qu'il avait déménagé, ce monsieur."
Il ouvre alors la porte avec son double de clé et filme ce qu'il découvre : un appartement vide, sale et détérioré. De l'électroménager a même disparu. Le locataire est parti sans prévenir et a volé tout ce qu'il pouvait. "Il a pris le plus important. La plaque, le mini-frigo, le four. À ce moment-là, j'ai eu de la colère et du dégoût, clairement, envers cette personne", ajoute Brian. Il estime sa perte financière à 7 000 euros et a depuis reloué son appartement.
Une procédure longue et encadrée par la loi
Sur les réseaux sociaux, d'autres propriétaires excédés tentent de se faire justice eux-mêmes. Mais procéder ainsi n'est pas permis par la loi.
Me Romain Rossi-Landi, avocat spécialisé en droit immobilier, explique : "Un propriétaire ne peut jamais reprendre possession des lieux lui-même quand un locataire part à la cloche de bois, même s'il a changé l'assurance, etc. Il ne peut pas. Il s'expose à une violation de domicile. Il y a même un délit spécifique prévu par le Code pénal. Le propriétaire encourt une peine de prison de trois ans et 30 000 euros d'amende s'il se fait justice lui-même, s'il reprend possession lui-même des lieux."
Une procédure pour abandon de logement prend en moyenne entre six mois et un an, sans que le propriétaire puisse relouer son bien.
Source : franceinfo — voir l'article d'origine ↗