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Intelligence artificielle : cinq questions sur le blocage des dernières IA d'Anthropic par le gouvernement de Donald Trump

Washington a réclamé à la startup Anthropic de réserver ses dernières IA aux citoyens américains. L'entreprise a préféré couper complètement leur accès. Les conséquences de la décision sont limitées, mais elle suscite l'inquiétude pour le futur de la course à l'IA.

C'est une première et elle inquiète. Le gouvernement de Donald Trump a imposé à la startup Anthropic, l'une des entreprises de pointe en matière d'intelligence artificielle (IA), de bloquer l'accès à certains de ses programmes pour les utilisateurs qui ne sont pas citoyens des Etats-Unis. En conséquence, la startup a préféré couper l'accès à Mythos 5 et Fable 5, les deux IA concernées, pour le monde entier, vendredi 12 juin.

Pourquoi l'administration Trump a-t-elle pris une décision si radicale ? Pourquoi les autres entreprises d'IA échappent-elles à ces restrictions ? Et pourquoi l'annonce inquiète, notamment en Europe ? Franceinfo fait le point.

1 Pourquoi l'accès à l'IA d'Anthropic a-t-il été suspendu ?

Dans un communiqué, la startup Anthropic a annoncé que "le gouvernement américain, invoquant ses pouvoirs en matière de sécurité nationale, a émis une directive de contrôle des exportations pour suspendre tout accès [aux IA] Fable 5 et Mythos 5 par tout ressortissant étranger, qu'il se trouve à l'intérieur ou à l'extérieur des Etats-Unis". Cette interdiction devait même inclure "les employés d'Anthropic qui sont des ressortissants étrangers". "Pour se soumettre à cette décision", Anthropic a annoncé couper l'accès à Fable 5 et Mythos 5 "pour tous les consommateurs".

Le gouvernement américain n'a pas communiqué publiquement sur le sujet. Selon le média Axios, c'est le secrétaire au Commerce, Howard Lutnick, qui a envoyé la directive. D'après le Wall Street Journal, la Maison Blanche s'est décidée après avoir demandé une analyse de Fable 5 auprès d'Amazon. L'entreprise aurait réussi à accéder à la version "débridée" de Fable, Mythos, qu'Anthropic avait pourtant présenté comme une menace pour la cybersécurité mondiale. Amazon a ainsi contourné les blocages ajoutés à Fable avec des techniques de manipulation (surnommées "jailbreaks") et a pu utiliser l'IA pour trouver des failles informatiques à exploiter lors de cyberattaques, ajoutent ces médias.

Anthropic dit trouver ces justifications insuffisantes. La startup soutient que "la lettre [de l'administration Trump] ne fournissait pas de détail spécifique sur les inquiétudes en matière de sécurité nationale" et que d'autres modèles d'IA accessibles facilement peuvent trouver les mêmes failles informatiques. De plus, la startup rappelle qu'aucun "jailbreak" ni aucune sécurité ne sont parfaits, pour ses IA comme pour celles des autres.

Les spécialistes pointent une autre justification possible : "Les Etats-Unis veulent empêcher d'autres pays comme la Chine d'exploiter les IA américaines pour créer des logiciels qui les concurrencent", rappelle pour franceinfo Anastasia Stasenko, cofondatrice de la start-up française Pleias, qui crée des modèles d'IA ouverts. Les capacités de l'IA chinoise Deepseek, sortie en janvier 2025, avaient ébranlé une partie de l'industrie américaine.

"Pour moi, l'administration Trump a décidé que le moment était venu de transformer cet actif stratégique en avantage compétitif."

Pour beaucoup, la décision de l'administration Trump est principalement motivée par une forme de protectionnisme, pour réserver les bénéfices des meilleures IA américaines aux Américains. "Ce n'était qu'une question de temps avant que les Etats-Unis mettent des limites à l'utilisation de modèles américains de plus en plus puissants", affirme à franceinfo Yann Lechelle, cofondateur de Probabl, une startup française qui développe des technologies de machine learning, ou apprentissage automatique, en source ouverte.

2 Pourquoi Anthropic est-elle visée spécifiquement ?

Les explications sont multiples. "Anthropic est le laboratoire d'IA le plus avancé", rappelle Anastasia Stasenko, qui juge également que la startup "fait les frais de sa stratégie de communication". "Les propos alarmistes et grotesques de Dario Amodei au sujet de Mythos/Fable (et de l'IA en général) finissent par porter leurs fruits", écrit sur LinkedIn le Français Yann Le Cun, un des "pères fondateurs de l'IA", ajoutant qu'"on récolte ce que l'on sème".

La startup a aussi une relation plus que mouvementée avec la Maison Blanche. En février, le département de la Défense américain demandait à pouvoir utiliser ses IA sans garde-fou et pour "tous les usages légaux", y compris militaires, mais Anthropic avait refusé certaines utilisations. En réponse, l'administration Trump avait attribué à Anthropic le statut de "risque lié aux chaînes d'approvisionnement", une première pour une entreprise américaine, qui limite drastiquement l'utilisation de ses produits par l'Etat fédéral.

Aux Etats-Unis, l'administration Trump demande à la start-up Anthropic, à l'origine de l'IA Claude, de lever ses restrictions éthiques

"L'administration Trump et son conseiller à l'IA David Sacks n'ont jamais vraiment digéré le refus d'Anthropic, qu'ils ont pris comme un affront", analyse pour franceinfo Delphine Groll, cofondatrice et directrice des opérations de la startup Nabla, qui développe des assistants IA pour les médecins. "Ils ont attendu le moment opportun pour réaffirmer leur domination et rouvrir ce dossier."

"Il y a trois mois, le département de la Défense a expulsé Anthropic de ses locaux — pour toujours", et "chaque jour qui passe prouve que c'était la bonne décision", a réagi sur X le secrétaire à la Défense américain, Pete Hegseth. Sur X, le conseiller David Sacks conteste tout lien avec l'épisode du département de la Défense et prétend que l'administration a pris sa décision car Anthropic refusait de remédier au "jailbreak". L'entrepreneur et investisseur taxe la startup d'hypocrisie, l'accusant d'avoir publié un programme dangereux malgré ses appels à contrôler les dangers de l'IA.

Source : franceinfovoir l'article d'origine ↗

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