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"Ce n'est pas du carburant, c'est de la nitroglycérine" : pourquoi l'affaire Lyhanna peut renforcer le Rassemblement national à dix mois de la présidentielle

Les opposants au parti d'extrême droite craignent que les dysfonctionnements révélés après la mort de la petite fille et l'émotion qui a suivi servent d'abord les intérêts de la formation de Marine Le Pen et Jordan Bardella.

"Je suis certain que cette affaire conforte le Rassemblement national." Pour cet influent député de la macronie, l'affaire Lyhanna, qui a suscité une émotion nationale, aura sans nul doute des répercussions politiques. A dix mois de la présidentielle, il estime que le grand gagnant de cette séquence n'est autre que le parti d'extrême droite présidé par Jordan Bardella. "Remise en cause de la justice, indifférence des gens d'en haut, insécurité permanente..." liste-t-il comme autant de motifs pouvant expliquer le renforcement à venir du RN. Et cet élu n'est pas le seul responsable politique à tisser un lien entre les circonstances de la mort de cette petite fille de 11 ans et la présidentielle à venir.

"Ce drame ne peut que servir le RN, la colère le nourrit toujours. Ils semblent sûrs d'eux, prêts à ramasser le pouvoir comme si c'était déjà presque fait", relève un proche d'Edouard Philippe. "Ils prospèrent sur les drames et les difficultés, renchérit un conseiller ministériel. Je ne vois donc pas pourquoi cette affaire ferait exception." Il faut dire que la disparition brutale de Lyhanna suscite un grand nombre de sentiments – colère, tristesse, incompréhension – chez les Français, comme l'ont montré les manifestations organisées partout en France devant les tribunaux et devant le ministère de la Justice, place Vendôme.

"La colère est l'un des principaux déterminants du vote RN"

En cause : le contexte de cette affaire et les potentiels dysfonctionnements qu'elle a révélés, tant du côté de la justice que de la gendarmerie. Ils doivent encore être confirmés par les premières conclusions de l'enquête administrative confiée à l'inspection générale de la justice et à celle de la gendarmerie nationale, qui doivent être rendues aux autorités le 22 juin, selon les informations de France Télévisions. Le principal suspect, Jérôme Barella, avait fait l'objet de plusieurs signalements et plaintes pour des violences sexuelles sur mineures, sans être inquiété.

"La colère est l'un des principaux déterminants du vote RN", rappelle Bruno Cautrès, politologue au centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof). "On est dans la colère contre le système politique et social et cette affaire ne peut qu'accentuer cette colère." L'histoire de la petite Lyhanna a aussi mis en lumière, comme rarement auparavant, les défaillances de toute une société concernant la prise en compte de la parole des enfants en matière de violences sexuelles.

"Ce n'est pas du carburant, c'est de la nitroglycérine", soupire encore un cadre de Renaissance, persuadé que le RN ne peut qu'engranger des points dans ce contexte. "Cela semble montrer que le problème est systémique et pas budgétaire."

"[L'affaire Lyhanna] correspond à la thèse du tonton RN qui pense que le problème, ce sont les affreux juges rouges."

Comme d'autres responsables politiques, les cadres du RN ont très vite pointé les dysfonctionnements dans cette affaire. "Ce drame terrible aurait pu, aurait dû, être évité, si l'institution judiciaire n'avait pas connu de tels dysfonctionnements. L'Etat a très lourdement failli et le peuple français exige des comptes", a ainsi réagi sur X Jordan Bardella, le 4 juin, alors que le corps de la fillette n'avait pas encore été formellement identifié. "La sécurité de nos enfants doit vraiment redevenir la priorité", a embrayé, le lendemain, sur X, Marine Le Pen.

Le 9 juin, la présidente du groupe RN à l'Assemblée a elle-même interrogé le Premier ministre dans l'hémicycle, lors des questions au gouvernement. "Cette petite fille a été sacrifiée sur l'autel de la nonchalance d'un Etat dont l'appareil judiciaire a failli, un Etat englué dans le déni de l'explosion de la criminalité contre les enfants et la culture généralisée du 'pas de vagues'", a attaqué Marine Le Pen devant Sébastien Lecornu, qui l'a écoutée, les bras croisés.

Le matin même, la double finaliste aux présidentielles de 2017 et 2022 avait affirmé que la "longue dérive" de l'institution judiciaire était notamment due à des "causes idéologiques" qui ont "placé la réinsertion comme priorité" au détriment de "la protection de la société". Sur BFMTV, le 14 juin, le président du RN, Jordan Bardella, a estimé que la justice française avait ainsi "un problème d'idéologie" : il faut selon lui "changer la philosophie" et "il faut changer l'échelle des peines". Dès le début de l'affaire, les cadres dirigeants du parti d'extrême droite ont d'ailleurs mis au centre du débat leurs thèmes de prédilection, que ce soit la sécurité ou les défaillances judiciaires.

Le RN engrange des points

Face à ce drame, le gouvernement de Sébastien Lecornu s'est pourtant déployé tous azimuts pour montrer qu'il répondait à l'ampleur de cette affaire. Intégration de nouvelles mesures dans le projet de loi sur la protection des enfants comme la possibilité de requérir une peine de perpétuité pour les viols sur plusieurs victimes, accélération de l'examen de la proposition de loi "intégrale" contre les violences sexuelles ou sexistes par le Conseil d'Etat, futur décret pour motiver les classements sans suite pour crimes sexuels sur mineurs…

Source : franceinfovoir l'article d'origine ↗

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